Politique

Arabes, entre doute et espoir

Espoir, mais aussi scepticisme et résignation. C’est avec ces sentiments mêlés que le monde arabo-musulman attendait le discours du 4 juin de Barack Obama, et c’est exactement ce qui ressort de deux enquêtes d’opinion réalisées entre mars et mai 2009 au Maghreb et au Moyen-Orient.

Le premier, un sondage Gallup effectué dans onze pays arabes dont l’Algérie, la Tunisie et la Mauritanie, concerne le taux d’approbation de la politique américaine dans la région. Question classique, mais réponses intéressantes puisque, tout en restant l’un des plus bas dans le monde, ce taux est en nette hausse comparativement à 2008, tout particulièrement au Maghreb. Avec 56 % d’avis favorables en Mauritanie, 47 % en Algérie (+ 22 % par rapport à 2008) et 37 % en Tunisie (+ 23 %), l’effet Obama paraît d’autant plus sensible qu’on s’éloigne du « front » israélo-palestinien. L’Arabie saoudite, l’Égypte et les pays du Golfe demeurent sous la barre des 30 % d’approbation, la Syrie et le Yémen sont à 15 % (contre, respectivement, 4 % et 11 % il y a un an). 

Mieux que Hillary

Pour la plupart des personnes interrogées, la fermeture annoncée du camp de Guantánamo et les perspectives d’un retrait des troupes américaines d’Irak sont des facteurs d’évolution positive. Seuls les Palestiniens échappent à ce frémissement d’optimisme. Ils ne sont que 7 % à approuver la politique américaine dans la région, soit 6 % de moins que lors du précédent sondage de ce type, en août 2008 ! Le silence de Barack Obama lors de la guerre de Gaza, juste avant sa prise de fonctions, explique en partie cette profonde défiance teintée de désespoir. Il est vrai que, questionnés il y a dix mois sur ce qu’un nouveau locataire à la Maison Blanche était susceptible de leur apporter, les habitants des territoires palestiniens avaient répondu à 80 % : rien.

Autre enquête, plus restreinte (six pays arabes) mais plus fouillée, celle de l’Institut Zogby International, en partenariat avec l’université du Maryland. Le Maroc fait ici partie des « sondés », ce qui permet de vérifier qu’Obama y jouit d’une bonne cote de popularité : 57 %, ce qui est moins qu’en Arabie saoudite et dans le Golfe, mais plus qu’en Égypte et en Jordanie. En revanche, la secrétaire d’État Hillary Clinton, jugée « pro-israélienne », cristallise deux fois plus d’opinions négatives que positives, y compris au Maroc. Il est vrai que, globalement, les populations interrogées estiment (à 64 %) qu’Israël « influence », voire « dirige » la politique américaine dans le monde arabe. Et que la moitié pense encore qu’une paix durable entre l’État hébreu et les Palestiniens est tout simplement impossible.

Ce sentiment de résignation s’accompagne d’un réflexe de défiance vis-à-vis de la politique iranienne des Occidentaux. Même si l’Iran chiite ne fait pas partie du monde arabe, l’appartenance à la communauté musulmane – revendiquée par la quasi-totalité des sondés comme inhérente à leur identité, à part égale avec leur arabité et leur nationalité – joue ici à plein : 53 % estiment que la République islamique « a le droit » de se doter d’un programme nucléaire, tout en se déclarant à une large majorité convaincus de la nature militaire de ce programme, ainsi que des risques encourus dans toute la région si l’Iran se dotait de l’arme atomique.

Cette radicalisation de l’opinion arabe fait par ailleurs des victimes, comme le Fatah de Mahmoud Abbas, relégué au baromètre de l’approbation loin derrière le Hamas d’Ismaïl Haniyeh, ou encore – cela ne surprendra personne – le trio Bush-Sharon-Olmert, chefs de file incontestés du palmarès de la détestation.

Des victimes, mais aussi des gagnants : prié de désigner « le leader que vous admirez le plus », le panel du sondage Zogby place le Vénézuélien Hugo Chávez en tête (36 %) devant… Jacques Chirac (18 %), Bachar al-Assad (17 %) et Oussama Ben Laden (16 %). Nicolas Sarkozy, lui, rassemble 10 % d’admirateurs. Une queue de comète de ce que fut la « politique arabe » de la France et qui explique la ténacité de l’image favorable dont jouit ce pays au sein du monde musulman. Sur une liste de neuf États occidentaux (dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, le Canada, la Suède…) qui leur était soumise, les personnes interrogées considèrent à une assez large majorité la France comme étant le plus démocratique, le plus accueillant et le plus compréhensif. À la question – plutôt curieuse – « dans un monde où il n’y aurait qu’une seule superpuissance, quel pays voudriez-vous voir jouer ce rôle ? », la France arrive en tête, devant l’Allemagne et la Chine. Les États-Unis, eux, sont très loin derrière. Le discours du Caire a-t-il modifié cette image exécrable ? C’est probable. Surtout si les actes viennent à l’appui des mots.

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