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Pot au noir, zone à risque

« Des trombes marines se dressaient là, accumulées et en apparence immobiles comme les piliers noirs d’un temple. » C’est en ces termes que l’aviateur et écrivain Antoine de Saint-Exupéry, pionnier de l’Aéropostale, décrivait déjà en 1939 le fameux « pot au noir », l’autre nom de la Zone de convergence intertropicale (ZCIT). Trois ans plus tôt, Jean Mermoz, la légende de l’Aéropostale, avait perdu la vie en tentant de franchir cette dangereuse ceinture de cumulonimbus à bord de la Croix du Sud. Et c’est elle à nouveau, qui, le 31 mai dernier, a eu raison de l’Airbus A-330 d’Air France qui assurait la liaison Rio de Janeiro-Paris, pourtant autrement équipé en matériel de radionavigation et d’assistance au pilotage. Bilan : 228 morts. Une zone mouvante selon les saisons, qui encercle la Terre au niveau de l’équateur, et que connaissent bien les pilotes opérant sur le continent africain, à l’instar de Blaise Sanou, le directeur des opérations aériennes d’Air Burkina.

Jeune Afrique : À quoi correspond le « pot au noir » ? S’agit-il d’une zone que les pilotes assurant les liaisons interafricaines sont amenés à rencontrer ?

Blaise Sanou : C’est une zone très instable, située au niveau de l’équateur, qui se caractérise par un fort développement de cumulonimbus, ces nuages particulièrement redoutables qui ont souvent la forme d’une enclume. En général, les pilotes les évitent et, s’ils doivent les traverser, leurs radars météo permettent normalement d’éviter les zones les plus dangereuses, où sévissent les vents les plus violents, les éclairs et la grêle, et qui apparaissent en rouge sur les appareils de mesure.

Le pot au noir déborde donc sur l’Afrique équatoriale : le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, par exemple. Mais d’autres zones, au-dessus de la bande sahélienne, notamment au Niger et au Burkina, sont tout aussi délicates à survoler.

Pourquoi le survol des zones tropicales est-il plus compliqué que celui des zones tempérées, et quelles sont les procédures mises en place pour limiter le risque ?

Les cumulonimbus sont des nuages à développement vertical. Leur hauteur est limitée par la tropopause, la limite inférieure de la stratosphère. L’altitude de la tropopause varie selon les saisons : elle est de 6 000 à 8 000 mètres aux pôles, de 11 500 mètres en moyenne dans les zones tempérées et peut aller jusqu’à 18 000 mètres à l’équateur. Dans les zones tropicales, un avion de ligne ne peut pas passer au-dessus de ces nuages car ils sont trop hauts. Il essaie de les contourner. S’il doit décoller ou atterrir, il faut qu’il attende que la perturbation soit passée. Si l’orage dure, mieux vaut se dérouter. Mais ce sont des situations assez classiques, auxquelles les pilotes sont préparés. 

Ces formations orageuses ont-elles déjà été à l’origine de catastrophes aériennes en Afrique ?

Oui. L’exemple le plus récent est celui du Boeing 737 de la Kenya Airways, qui s’est écrasé peu après son décollage de Douala, en mai 2007 [114 tués]. En octobre 2005, un Boeing de la Bellview Airlines, qui assurait la liaison Lagos-Abuja, s’était écrasé après son décollage de la capitale économique du Nigeria [117 tués].

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