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Cet article est issu du dossier «La méthode chinoise»

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Politique

He Wenping

| Par

Directrice des études africaines à l’Académie des sciences sociales de Pékin

De retour de Washington et avant de s’envoler pour le Maroc, le Dr He Wenping a pris le temps de nous recevoir. Voix autorisée, cet énergique bout de femme d’une quarantaine d’années, à l’anglais très fluide, plaide pour un aggiornamento de la politique africaine de la Chine.

 

Jeune Afrique : La politique chinoise en l’Afrique fait l’objet de plus en plus de critiques (pillage des ressources, exportation de main-d’œuvre, destructions des industries locales)…

He Wenping : La Chine n’est pas sourde à ces critiques qui sont devenues des challenges. À travers le Forum de coopération Chine-Afrique (Focac), elle est train de faire évoluer son partenariat. Le Premier ministre Wen Jiabao s’est engagé, en juin 2006, à réduire les quotas d’exportation textile pour protéger les industries locales. Au Soudan, contrairement aux majors occidentales qui ne pensent qu’à exploiter le pétrole, nous avons investi 2,7 milliards de dollars pour construire un pipeline, mettre en place un réseau de stations-service et une raffinerie. Dans le domaine de la construction, il est nécessaire que nos sociétés emploient plus de main-d’œuvre locale. On doit aussi faire attention à l’environnement et rééquilibrer la balance commerciale avec certains pays en proposant notamment des conditions d’entrée favorables sur notre marché. La Chine ne peut plus se contenter d’une relation d’État à État mais doit aussi discuter avec la société civile, les ONG, l’opposition.

 

Vos intérêts sont parfois menacés en Afrique par des groupes armés. Devez-vous intervenir militairement ?

Certains de nos ouvriers ont été enlevés, d’autres tués, nos bateaux attaqués au large du Kenya et de la Somalie. Les autorités chinoises ont décidé d’envoyer des bateaux militaires pour sécuriser leurs activités. Mais nous devons surtout travailler en étroite collaboration avec les forces de sécurité des pays africains si l’on ne veut pas être accusé de néocolonialisme. La Chine est en mesure de proposer son assistance technique, des formations… Plus de 1 000 Chinois participent actuellement aux opérations de maintien de la paix des Nations unies en Afrique.

 

On a souvent l’impression que vos entrepreneurs et diplomates méconnaissent l’Afrique…

Les moyens dégagés pour les études africaines sont loin d’avoir atteint le niveau de nos échanges économiques. À l’Académie des sciences sociales de Pékin, le plus grand institut chinois d’études sur l’Afrique, je ne dispose que de vingt étudiants chercheurs, dont la plupart ne sont jamais allés sur le continent. À l’échelle du pays, le nombre de personnes qui réalisent des études et dispensent des cours sur l’Afrique ne sont pas plus de 300. Les moyens manquent cruellement alors que nous devons faire face à de multiples sollicitations : enquêtes, évaluation des risques pays, demandes de chercheurs et des médias…

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