Politique

Election coûte que coûte

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Sauf surprise, les Bissau-Guinéens éliront leur nouveau président le 28 juin prochain. Un scrutin très attendu par l’Union africaine (UA), qui estime qu’il constitue une étape indispensable à la stabilité du pays.

Après maints coups d’État, une guerre civile (de 1998 à 1999) et les exécutions en mars du chef d’état-major des armées, le général Tagmé Na Waie, puis du président de la République João Bernardo « Nino » Vieira, il est temps que la Guinée-Bissau retrouve un semblant de paix. Mais les assassinats par des militaires du ministre de l’Administration territoriale, Baciro Dabo, et de l’ancien ministre de la Défense, Helder Proença, le 5 juin, à la veille de l’ouverture de la campagne pour la présidentielle, ont fait ressurgir de sérieuses craintes pour l’avenir. « Qui votera le 28 dans ce pays où il n’y a ni justice ni sécurité ? » s’interrogeait le 10 juin à Bissau un jeune tailleur, tandis que les douze candidats pour la présidentielle s’apprêtaient à battre campagne, à la suite de la décision du président intérimaire Raimundo Pereira de maintenir la date du vote.

Ils sont 523 000 Bissau-Guinéens sur 1,5 million d’habitants à être attendus aux urnes à la fin du mois, mais il y a peu de chances que le taux record de participation de 82 % obtenu lors des législatives de novembre 2008 soit atteint. « Les gens ont de nouveau peur et ils savent que, tant que la vérité ne sera pas faite sur les meurtres de personnalités, il n’y aura pas de paix », estiment des observateurs. Sous le couvert de l’anonymat, un cadre d’un parti politique qualifie cette élection de « mascarade » : « La communauté internationale fait pression alors qu’il aurait été préférable de prolonger la transition et d’organiser une conférence nationale pour enfin poser les bases de la réconciliation. » Du côté des candidats, l’analyse est différente. « Le scrutin remettra le pays sur les rails car il rétablira la confiance de la population et des bailleurs », explique Mamadou Iaia Djalo du Parti de nouvelle démocratie (PND), qui s’apprête à battre campagne dans ce contexte tendu sous la seule protection de ses sympathisants, puisque le gouvernement n’a pris aucune mesure pour assurer la sécurité des candidats.

Si l’élection présidentielle a bien lieu à la fin du mois, le vainqueur aussitôt installé, en plus de devoir partir en guerre contre la misère et les narcotrafiquants, aura la très lourde tâche de sécuriser un État où l’armée semble avoir tous les droits, même celui de tuer des personnalités civiles en toute impunité. En ce qui le concerne, lors d’une récente visite à Jeune Afrique, Malam Bacaï Sanha (62 ans), le candidat du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), a déjà exprimé sa volonté de voir les militaires « rester dans les casernes ». Considéré comme favori, il pourrait être conduit à affronter au second tour l’inusable Kumba Yalla (56 ans), leader du Parti du renouveau social (PRS) bien représenté au Parlement avec 28 députés sur 100. À moins que ce ne soit Henrique Rosa, candidat indépendant de 63 ans.

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