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Société

Transgression des codes

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Le golf reste une activité exclusivement réservée aux riches

Le golf reste une activité exclusivement réservée aux riches © DR

Ce matin, Louis, patron d’une prospère entreprise spécialisée dans les consommables informatiques, est en retard à « l’Association sportive », où il vient taper dans la balle tous les dimanches avec ses copains du bottin mondain de Yaoundé. Dans ce pays où le football est roi, tout absent est puni, condamné à une « amende », dont le montant est fixé à… une bouteille de Dom Pérignon millésimé. Tout le monde sait que cet enfant gâté des marchés publics en offrira des caisses entières dans son immense demeure avec vue sur le parcours de golf du Mont-Fébé. La petite bande de nouveaux riches n’éprouve aucune gêne à exhiber son train de vie. À la différence de leurs aînés.

Emblématiques du Cameroun fortuné, Victor Fotso, Joseph Kadji, Mohamadou Abbo n’ont pourtant pas étalé leur richesse. Imprégnés d’une culture de la dissimulation, les « vieux » veillaient à ne pas faire ombrage au susceptible – et autoritaire – président Ahmadou Ahidjo. Aucun d’entre eux n’aurait osé s’afficher dans une limousine plus longue que celle du chef de l’État. Aucun d’entre eux n’a jamais osé acheter un jet ou un hélicoptère privé. Aussi toisent-ils avec commisération la génération de nouveaux riches qui transgressent allègrement ces codes.

Au début des années 1990, un jeune tycoon qui a fait fortune dans le commerce des cigarettes, James Onobiono, inaugure ce comportement tape-à-l’œil, parcourant Douala dans une limousine de chez Daimler, exhibant des cigares cubains à la sortie des réunions du patronat… Depuis, il a fait des émules.

Désormais débridée, la course aux villas cossues et aux Hummer fait fureur. La misère alentour a engendré des enclaves pour riches aux noms évocateurs, comme Denver, à Douala, ou Koweït City, à Yaoundé. Dans les garages s’alignent les indispensables 4×4 japonais qui côtoient l’incontournable berline de luxe allemande qu’on sort pour les grandes occasions.

Dans les aéroports, ils sont reconnaissables à leurs bagages de marques françaises, débordant de produits de luxe. Quand on est fortuné, on n’achète pas de « chinoiseries » importées de Shanghai, dont raffolent les gens ordinaires. Ce serait en effet une intolérable faute de goût ! Si le but du voyage est médical, alors on choisira l’Afrique du Sud où, selon la rumeur, on peut bénéficier de soins de qualité tout en évitant les tracas liés à l’obtention d’un visa. La villégiature en France ? « Trop exposée », estime cet ancien directeur de Cameroon Airlines, qui préfère le charme et la discrétion tout helvétique des casinos de Lausanne.

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