Société

En France, les Noirs et les Arabes sont sous contrôle continu 


Mis à jour le 6 juillet 2009 à 16:43

La police française a-t-elle réellement pour vocation d’assurer la sécurité des citoyens ? La réponse devrait aller de soi. Pourtant, les Français appartenant aux minorités dites « visibles » sont de plus en plus nombreux à en douter. Et pour cause : ils subissent de très nombreux – et injustifiés – contrôles d’identité. « Contrôle au faciès », « délit de sale gueule », « profilage ethnique »… les qualificatifs ne manquent pas pour décrire une réalité aussi scandaleuse qu’illégale et qui restait, jusqu’à présent, très difficile à cerner.

Publiée le 1er juillet par l’Open Society Institute, organisme fondé par George Soros, le milliardaire américain d’origine hongroise, une enquête scientifique portant sur 525 contrôles de police réalisés entre octobre 2007 et mai 2008 à Paris (dans et autour de la gare du Nord et de la station Châtelet-Les Halles) évalue pour la première fois le phénomène. Et donne raison, chiffres à l’appui, aux Noirs et aux Arabes (ou perçus comme tels) se disant victimes du harcèlement policier : selon l’étude, les premiers ont 6 fois plus de « chances » d’être contrôlés qu’un Blanc, et les seconds 7,8 fois plus.

La couleur de la peau n’est pas le seul critère qui retient l’attention de policiers. Si 10 % des personnes fréquentant les lieux de l’enquête arborent un style vestimentaire catalogué « jeune » (hip-hop, tecktonik ou punk…), elles subissent 47 % des contrôles. Et le fait que les deux tiers d’entre elles appartiennent également à une « minorité visible » n’est apparemment pas une coïncidence.

Fabien Jobard et René Lévy, les deux chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) qui ont dirigé l’étude à l’insu des forces de police, dénoncent une violation de « l’idéal républicain », mais aussi de « la législation française » et « des normes européennes sur les droits de l’homme, qui interdisent les distinctions fondées sur l’apparence si elles sont dépourvues de justification objective et raisonnable ».

Seule défense possible des policiers français : arguer de l’efficacité empirique de leur méthode. Erreur, répondent en substance les auteurs de l’étude, qui constatent qu’en perpétuant les stéréotypes sociaux et raciaux les policiers provoquent des tensions pouvant dégénérer en émeutes urbaines, quand elles ne sapent pas leur travail de prévention.