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Togo, attention, fragile!

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La difficile mission de Nicodème

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Mis à jour le 15 juillet 2009 à 18:05

Mgr Barrigah vient d’être nommé président de la Commission vérité, justice et réconciliation. Un rôle délicat, pour un prélat diplomate.

Sa voix est aussi douce que son visage. Son regard traduit une sagesse à toute épreuve. Cette quiétude, Nicodème Anani Barrigah-Benissan, le jeune évêque d’Atakpamé (à 175 km au nord de Lomé), en aura bien besoin pour présider la Commission vérité, justice et réconciliation. Installée le 29 mai, après sa création par décret présidentiel, cette commission est chargée, sur le modèle sud-africain, de faire la lumière sur les crimes politiques survenus au Togo entre 1958 et 2005. Elle n’a aucun pouvoir de condamnation, mais « pourra transférer certaines informations à la justice et permettre l’engagement de poursuites », précise Mgr Barrigah. Son rôle sera surtout de cerner les responsabilités des pages douloureuses de l’histoire togolaise et de proposer une indemnisation des victimes, tâche qui incombera à l’État. « La réconciliation est indispensable à ce pays. Mais elle sera longue », prévient l’évêque.

En acceptant, sur proposition de son archevêché, d’organiser et de superviser les travaux de cette commission, Mgr Barrigah satisfait sa passion de la diplomatie. Né à Ouagadougou, au Burkina, en 1963, mais de nationalité togolaise, cet ancien étudiant en diplomatie à l’Académie pontificale, auréolé d’un doctorat en droit canonique obtenu en 1997 à l’université urbanienne de Rome, a déjà une longue expérience dans ce domaine. Il fut secrétaire de la nonciature apostolique du Rwanda (1997-2000), du Salvador (2000-2003), puis de Côte d’Ivoire (2003-2007), et rejoint la nonciature en Israël, où il restera jusqu’en février 2008, avant d’être ordonné évêque d’Atakpamé.

Il devra également batailler pour asseoir la légitimité de la commission. Outre le scepticisme de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme quant aux moyens financiers dont elle dispose, la structure est aussi critiquée par l’opposition, méfiante quant à la neutralité de ses onze membres, à commencer par la vice-présidente, Kissem Tchangaï-Walla, ancienne responsable de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qui a validé les résultats contestés de la présidentielle d’avril 2005.

En attendant d’entrer dans le vif du sujet – à savoir le début effectif des travaux –, le jeune prélat essuie ces premières salves avec circonspection… « Après la vice-présidente, nul doute que ce sera mon tour », confesse-t-il.