Culture

Jean-Baptiste Tati Loutard

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Mis à jour le 16 juillet 2009 à 13:55

Homme de lettres et homme d’État, le poète et ministre des Hydrocarbures congolais est mort le 4 juillet. Puisant dans la musique les ingrédients de son lyrisme, il aura créé son propre langage.

« J’ai toujours du mal à penser qu’un jour je serai rejeté du temps, que je ne verrai plus le soleil se lever ni se coucher, un peu comme André Breton disait : “J’ai du mal à imaginer qu’un jour mon cœur cessera de battre.” » Ainsi parlait le Congolais Jean-Baptiste Tati Loutard dont le cœur a cessé de battre le 4 juillet dans une clinique parisienne où il avait été évacué quelques jours auparavant pour des problèmes d’hypertension.

Inamovible ministre des Hydrocarbures dans le gouvernement du Congo-Brazzaville depuis plus de douze ans, l’homme est entré en politique à l’époque du président Marien Ngouabi en 1975 et a occupé successivement les portefeuilles de l’Enseignement supérieur, de la Culture et du Tourisme. À la tête du Mouvement pour l’action et le renouveau, créé en 1991, Tati Loutard a contribué à la démocratisation de la vie politique congolaise. 

Mais c’est sans doute en sa qualité d’homme de lettres que l’Histoire se souviendra de lui. Avec une dizaine de recueils, il fut l’un des poètes majeurs de son pays, certes moins connu que son compatriote Tchicaya U Tam’si, mais non moins talentueux. Né en 1938 à Ngoyo, un quartier de Pointe-Noire, Jean-Baptiste Tati Loutard a fait ses études secondaires à Brazzaville, avant de partir pour la France, où il a étudié les lettres modernes. Il est revenu au Congo en 1966 et a commencé à enseigner la littérature à l’université de Brazzaville, tout en soutenant une thèse sur la littérature africaine francophone.

En 1968, il publie Poèmes de la mer, son tout premier recueil. Dans la postface, il prend ses distances vis-à-vis de la négritude, qui a pourtant nourri sa sensibilité. Il appartient à une nouvelle génération de poètes qui renouvellent l’art métrique en l’enracinant dans le concret, dans des préoccupations en prise directe avec l’Afrique des indépendances. Les « jeunes écrivains africains, écrit-il, ont compris qu’en cherchant à tout prix à paraître nègres, ils risquaient de ne plus être eux-mêmes ».

Ayant grandi dans une ville de bord de mer, le poète n’a pas cessé de célébrer la nature, son immensité, ses mystères à travers une œuvre qui fait aussi une large place à l’amour, à des interrogations philosophiques sur la fuite du temps et sur la mort. L’homme a créé son propre langage, puisant dans la musique les ingrédients de son lyrisme moderniste et fragmentaire, tourné vers la vie intérieure.

Présence africaine a eu la bonne idée de réunir ses écrits (Les Racines congolaises, L’Envers du soleil, Les Normes du temps, Les Feux de la planète, Le Dialogue des plateaux, La Tradition du songe, Le Serpent austral, L’Ordre des phénomènes, Le Palmier-Lyre) dans une anthologie intitulée sobrement Œuvres poétiques. Le même éditeur a également publié ses romans et ses nouvelles, même si la prose de Tati Loutard n’a pas la puissance de son écriture poétique, saluée en son temps par Senghor : « Vous êtes, avec M. Félix Tchicaya, le meilleur poète du Congo. En effet, vos poèmes sont striqués de ces images analogiques qui sont “paroles plaisantes au cœur” et vous y ajoutez, souvent, pour le plaisir de l’oreille, des paroles mélodieuses. »