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Le sacre de Sassou

© AFP

Sans surprise ni suspense, le président sortant a été réélu au premier tour avec, officiellement, plus de 78 % des voix. Malgré les protestations de l’opposition.

Dans l’après-midi du 15 juillet, au centre de Brazzaville, un petit bâtiment de un étage, aux murs blancs. Dans la cour de ce qui fut le quartier général de campagne du candidat Denis Sassou Nguesso, des chapiteaux ont été installés. Des centaines d’hommes et de femmes portant pour la plupart des vêtements à l’effigie de leur leader sont sagement assis, le regard rivé sur des écrans de télévision, attendant la publication des résultats de la présidentielle du 12 juillet. D’autres, faute de places, restent debout. Au rez-de-chaussée du bâtiment règne la même atmosphère. Le président sortant est arrivé peu de temps auparavant vêtu d’une chemise blanche aux manches retroussées, tout sourire, le bras droit levé, faisant le V de la victoire, sous les applaudissements nourris de ses partisans, avant d’aller s’installer à l’étage. Vers 17 heures, l’une des deux chaînes de télévision du pays retransmet en direct, à partir du ministère de l’Administration territoriale, la proclamation officielle des résultats du scrutin. Aucune inquiétude sur les visages. « Le président sait qu’il sera réélu sans problème », lâche un militant en direction d’un autre, sûr de lui. Au fur et à mesure, quelques cris de joie, encore timides, fusent ici et là, chaque fois qu’il est question du score obtenu par le candidat du Rassemblement pour la majorité présidentielle (RMP) dans l’une ou l’autre circonscription électorale. D’autant que, quasiment partout, Denis Sassou Nguesso se place largement en tête.

Enfin arrivent les résultats provisoires : avec plus de 1 million de suffrages exprimés en sa faveur, le président sortant est élu au premier tour avec 78,61 %. Dans l’ex-quartier général de campagne, c’est l’explosion de joie. Comme si les militants du RMP venaient de se libérer d’un poids. Ils se congratulent les uns les autres, improvisent des danses pour fêter la victoire de leur chef. À 17 h 45, Denis Sassou Nguesso apparaît sur le balcon, salue longuement la foule. Puis, lisant un discours, il remercie les électeurs pour leur « lucidité » et leur « maturité » face aux « velléités maléfiques de ceux qui voulaient replonger le pays dans le chaos ». Il parle de « la victoire de la démocratie apaisée ». Témoin de l’effervescence, un ancien président : Joachim Yhombi-Opango. 

Les radicaux montent au créneau

Mais, à ce moment précis, le président réélu sait déjà qu’une frange de l’opposition, celle qui avait appelé les citoyens à ne pas aller voter, est descendue dans la rue un peu plus tôt pour dénoncer les résultats de la présidentielle et exiger un nouveau scrutin. Déjà, le jour du vote, Mathias Dzon déclarait : « Ils ont organisé la fraude à grande échelle et payé des gens pour bourrer les urnes. » Dans l’équipe de campagne de Sassou, on s’interroge : « Comment comprendre qu’une équipe qui a refusé de disputer un match puisse en contester le résultat ? »

La présidentielle du 12 juillet a un goût de déjà-vu : un camp qui gagne et l’autre qui conteste les conditions de la victoire, alors que l’opposition divisée sur la conduite à suivre est déchirée entre « radicaux » et « modérés ». Les radicaux, six en tout, réunis au sein du Front des partis de l’opposition congolaise et emmenés par Mathias Dzon, sont montés au créneau le 9 juillet. Exprimant leur conviction selon laquelle « le processus électoral en cours au Congo est caractérisé par un corps électoral non maîtrisé et gonflé à volonté », ils ont dénoncé l’attribution de cartes d’électeur à des Congolais décédés, mais aussi à des ressortissants étrangers (notamment de la RD Congo) et à des mineurs. Ils ont également estimé que la Commission nationale d’organisation des élections, l’organe chargé d’organiser le scrutin, était « à la solde du président de la République ». Les six candidats exigeaient deux choses : premièrement, « la tenue immédiate d’une concertation des candidats à l’élection présidentielle en vue de constater l’impossibilité d’organiser la consultation à la date du 12 juillet 2009 » ; deuxièmement, le report du scrutin à une date fixée à l’issue d’une concertation nationale.

Le gouvernement n’ayant pas souhaité tenir compte de ces « gesticulations », les six « radicaux » ont appelé, le 10 juillet, les électeurs à s’abstenir sans pour autant se retirer eux-mêmes du processus électoral. Leurs bulletins ont tout de même été distribués dans les bureaux de vote.

Recevant les observateurs internationaux le 11 juillet, le Premier ministre Isidore Mvouba s’est montré très critique envers l’opposition radicale : « Ces candidats n’ont même pas battu campagne. Ils veulent tout simplement éviter de se retrouver ridicules le soir de l’élection car ils n’ont aucun ancrage national. » Et d’ajouter, à propos du fichier électoral : « S’il n’est pas parfait, il n’en reste pas moins fiable. On trouvera quelques doublons ici et là, c’est sûr. Mais notre problème se situe au niveau de l’état civil, qui ne suit pas toujours les changements, notamment en cas de décès. »

Le 12 juillet, bon nombre d’observateurs ont constaté une participation des électeurs assez faible, notamment dans les bureaux de la capitale. Désaffection des urnes pour exprimer un désaveu de la classe politique ? Difficulté de se déplacer pour ceux qui se sont retrouvés inscrits dans des bureaux de vote situés dans d’autres quartiers de la ville, accessibles seulement aux véhicules munis de laissez-passer ? Ou encore conséquence de la psychose qui s’est emparée de certains habitants de Brazzaville qui, traumatisés par les violences des années 1990, ont préféré fuir par crainte d’un nouvel embrasement ? Il y a un peu de vrai dans toutes ces hypothèses. Henri Ossebi, ministre de l’Enseignement supérieur et porte-parole chargé des questions politiques du candidat Denis Sassou Nguesso, ne tranche pas : « Le phénomène abstentionniste est courant à Brazzaville. En 1992, il y a eu 40 % d’abstention alors que des poids lourds étaient dans la course à la présidence. Il peut s’agir aussi d’une espèce de démobilisation complaisante ou condescendante de nos propres électeurs qui, au vu de la campagne menée par notre candidat, ont pensé que la partie était gagnée d’avance. À moins que ce désintéressement ne vienne d’une jeunesse en quête de renouveau ou des ratés dans la gestion du fichier électoral. »

Enfin, l’inégalité de moyens a sans doute pesé sur cette élection. On a vu, d’un côté, le déploiement d’une propagande impressionnante dans le camp de Sassou Nguesso, avec même une montgolfière vert et jaune affichant l’effigie du candidat au-dessus de Brazzaville et, de l’autre, une campagne plutôt modeste menée par les candidats de l’opposition. Même si l’un d’entre eux a loué un avion.

Pour certains Congolais, l’opposition radicale aurait dû suivre une ligne de conduite bien précise : harceler le pouvoir jusqu’à ce qu’il accepte, sous la pression, de former un gouvernement d’union nationale afin d’aboutir à une période de transition. Ce scénario ne s’est finalement pas produit, même si, selon un proche du pouvoir qui a requis l’anonymat, « le nouveau septennat sera une période très dure. Il y a des revendications légitimes à satisfaire au niveau des choses les plus simples de la vie courante et la réforme de l’État à réaliser. Les gens n’ont pas vraiment senti l’impact de son slogan : “La nouvelle espérance”. »

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