Politique

Mathias Hounkpê

Expert à la Cellule d’analyse des politiques à l’Assemblée nationale du Bénin (Capan)

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Mis à jour le 21 juillet 2009 à 16:07

Jeune Afrique : Les élections en Afrique coûtent-elles trop cher ?

Mathias Hounkpê : Elles sont chères, c’est une évidence. Pour certains pays, organiser des élections pose un vrai problème financier. Mais si elles sont si chères, c’est parce qu’il y a énormément de gaspillage. Il y a des moyens de faire baisser les coûts. D’abord, il faut revoir les rémunérations. Dans plusieurs pays, les membres des commissions électorales sont surpayés. Il faut également maintenir le matériel électoral, il n’est pas normal que l’on doive renouveler les urnes à chaque élection. Il faut aussi mutualiser les moyens, entre les pays, par exemple partager les urnes. Surtout, il faut revoir les passations de marchés. On prend souvent le prétexte de délais très courts avant les scrutins pour ne pas remettre en cause des processus douteux. 

Est-il juste que plus le pays est démocratique, moins les élections coûtent cher ?

D’abord, dans un système démocratique, transparent, il y a moins de gestion arbitraire et de déperdition des fonds. Il y a aussi le minimum de confiance de tous les acteurs dans le processus. Or ce qui coûte extrêmement cher, c’est la sécurisation nécessaire quand il y a possibilité ou soupçons de fraude. Il faut des urnes, des bulletins, des listes électorales, etc., sécurisés, cela augmente les coûts. Plus il y a de démocratie, moins il y a besoin d’attribuer des moyens d’assurer l’intégrité du processus électoral. 

À qui profite ce « business » électoral ?

À bon nombre d’hommes d’affaires locaux mais aussi aux acteurs politiques. Ils siègent dans les commissions électorales qui attribuent les marchés, il suffit d’un prête-nom et l’argent se retrouve dans les poches des hommes politiques ou dans celles des partis. Quant aux circuits internationaux, ils sont contrôlés par les bailleurs de fonds, mais on peut soulever le même genre de préoccupations…