Culture

Botembe voit rouge

"La Protection", de Botembe (huile, 2009) © Botembe

Mi-figurative mi-réaliste, l’œuvre de l’artiste kinois offre une « vision chromatique de la civilisation bantoue ». Où le rouge, symbole de joie et de vie, l’emporte.

Pour voir Roger Botembe Mimbayi, il faut se rendre à Nsele, une commune semi-urbaine à une soixantaine de kilomètres de Kinshasa, juste en face de l’ancien domaine présidentiel, à quelques mètres du fleuve Congo. C’est là que le peintre de 50 ans a acheté un terrain de 8 hectares. Et qu’il a planté des arbres fruitiers. Son rêve : transformer le lieu en un village d’artistes autosuffisant car, dit-il, « l’art peut être un facteur de développement ».

Entre les manguiers, les bananiers et le manioc, deux conteneurs assemblés en guise de refuge. À l’intérieur, des tableaux achevés attendent leur destin, des châssis leur toile, et les toiles la main du peintre. En vrac, des tubes de gouache, de la colle, des pots d’huile de lin, des pinceaux, un matelas…

Formé en 1981 à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, sa ville natale, Botembe se retrouve en 1982 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il intègre la classe préparatoire de l’Institut national des arts. Il découvre les masques ivoiriens qui, plus tard, l’inspireront. Mais Botembe ne reste pas longtemps à Abidjan. La même année, il gagne la Belgique et s’inscrit à l’Académie royale des beaux-arts, à Bruxelles. Il étudie l’art mural (peinture monumentale, tapisserie et vitrail). « Mon séjour en Occident m’a permis de comprendre les codes de l’art baroque, de la Renaissance et de l’art moderne, confie-t-il. Tout ce qui est technique, technologie, est un grand apport de l’Occident qui m’a aidé à trouver mes propres codes dans la création. »

Revenu à Kinshasa en 1986, il enseigne aux Beaux-Arts. Son travail consiste à transmettre le legs européen avant de se lancer dans une quête qui débouche sur ce qu’il appelle le « transsymbolisme », un art mi-figuratif mi-réaliste. Il constate à regret que les artistes africains créent en fonction de critères extérieurs. Il rejoint alors un groupe de peintres kinois d’une nouvelle école baptisée « sabléisme » (usage de sable comme matériau). « Cette période est celle où je suis réellement entré dans le monde de l’art, où j’ai vraiment appris à créer », se souvient-il. Des travaux réalisés (fresques murales, décoration…) entre 1987 et 1990 à l’aéroport de Gbadolite (au nord-ouest de la RD Congo) et à la résidence du maréchal Mobutu à Kawele sont tellement « bien rémunérés » qu’il gagne de quoi s’acheter une maison et créer les Ateliers Botembe en 1992.

 

Écorché vif

Révolté par le peu d’intérêt que lui accordent les autorités de son pays, Botembe expose régulièrement à l’étranger. Il y a deux ans, l’une de ses œuvres s’est vendue 30 000 dollars en Afrique du Sud. Il produit en moyenne trente tableaux par an parce que, dit-il, « je ne suis pas commerçant, mais créateur. Et je ne peux pas forcer la création. » Inspiré dans son travail par la statuaire africaine, Botembe est aussi collectionneur d’art africain (il possède 500 pièces d’art ancien) et rêve d’ouvrir un petit musée. En attendant, ce père de quatre enfants expose jusqu’à la fin du mois d’août à la galerie Symphonie des arts à Kinshasa. Il présentera ensuite ses œuvres à Lubumbashi (Katanga) en septembre, et à la galerie Arts pluriels à Abidjan en octobre.

Écorché vif, Botembe réinterprète l’actualité dans ses œuvres : la guerre dans l’est du pays, la protection de la famille, l’extrême pauvreté, la mauvaise redistribution des ressources nationales. Il veut ainsi attirer l’attention des gouvernants. Chez cet homme qui signe ses tableaux à l’envers, il y a une représentation de la « civilisation bantoue sur le plan chromatique ». La couleur rouge (sa préférée), c’est le soleil, la joie, la vie. Le noir, la vie ici-bas ; et le blanc, l’au-delà, la plénitude.

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