Politique

Pour qui roule J.A. ?

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Par  François Soudan

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

J.A. consacre cette semaine une couverture à la présidentielle gabonaise du 30 août, avec en titre « Tous contre Ali ? » – et j’entends déjà, d’ici, les commentaires. Donc, Jeune Afrique a tourné casaque, c’est évident. On croyait l’hebdo bongoïste de père en fils et le voilà qui apporte son écot à la bourse des TSA (« Tout sauf Ali »), en accréditant la thèse fallacieuse d’une coalition de ceux qui ont juré d’écarter l’héritier de la course au pouvoir. Erreur ! Ne prêtez pas attention au titre, regardez plutôt cette « cover » et saisissez son message subliminal : Ali Bongo apparaît au premier plan, alors que les autres candidats semblent se contenter du rôle de serre-files. J.A. « roule » pour lui en douce, c’est élémentaire…

De longue expérience, nous savons bien que ce type d’interprétations, à la fois inexactes et contradictoires, est inévitable en période électorale. De Libreville à Abidjan, de Nouakchott à Brazzaville, candidats et militants estiment qu’un média aussi influent que Jeune Afrique n’en fait jamais assez pour eux et toujours trop pour leurs rivaux. Au mieux, on exige de J.A. de se comporter comme une commission électorale indépendante, avec les attributs d’une haute autorité de la communication. En l’occurrence, nous devrions consacrer à chacun des postulants les mêmes articles au signe près, avec le même dosage de louanges et de critiques et une exposition photographique identique, centimètre carré pour centimètre carré. Le fait qu’on nous rappelle ainsi à une obligation de service public a quelque chose de flatteur – mais surtout d’embarrassant pour une raison très simple : ce n’est ni notre rôle ni notre vocation.

Car enfin qu’est-ce qu’un journal, si ce n’est des choix permanents commandés par l’actualité, l’intérêt supposé des lecteurs, la morale, la nécessité d’être lu – donc diffusé –, le tout avec le moins de subjectivité possible ? En Mauritanie, le camp du vainqueur, le général Ould Abdelaziz, nous a reproché d’avoir, pendant la campagne, publié une longue interview de son concurrent, Ely Ould Mohamed Vall. Pour lui, c’était un parti pris. Pour nous, une curiosité médiatique légitime à l’égard d’un ancien chef de l’État désireux de rempiler démocratiquement – sans plus. Au Congo, c’est l’inverse : pourquoi avoir réalisé un entretien avec Denis Sassou Nguesso et consacré un « simple » article de deux pages à ses principaux opposants ? La réponse, là encore, n’a rien de sorcier. Malgré notre disponibilité réitérée, aucun d’entre eux n’a voulu (ou plutôt, n’a su) s’organiser pour venir s’exprimer dans nos colonnes.

En réalité, la ligne éditoriale de J.A. en matière de « couverture » préélectorale, que ce soit au Gabon demain, en Côte d’Ivoire après-demain ou lorsqu’une grande organisation internationale (ONU, UA, Unesco…) se choisit un nouveau patron, est claire. Nous ne soutenons a priori aucun candidat. Mais nous nous réservons le droit et la liberté non seulement de livrer nos pronostics – cela va de soi –, mais aussi de dire au besoin, le moment venu, qui à notre sens nous paraît être le meilleur. Il arrive parfois, par la suite, que les électeurs nous donnent tort. Il arrive surtout qu’ils nous donnent raison. 

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