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Kinshasa-Brazzaville, le pont de la discorde

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À la mi-juillet, la province du Bas-Congo s’est prononcée contre le projet de construction d’un pont entre Kinshasa et Brazzaville, distantes de 4,5 km. Sous des pancartes « province morte » ou « ville morte », les leaders politiques et syndicaux ainsi que les représentants de la société civile ont signifié au pouvoir central leur opposition au projet, qui provoquerait selon eux la ruine de la province, et notamment du port de Matadi, dans l’estuaire du fleuve Congo, l’une et l’autre vivant en partie du trafic des marchandises à destination de Brazzaville.

En raison de l’extrême lenteur du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO), qui, sur 600 km, relie Pointe-Noire à Brazzaville, les marchandises sont généralement acheminées jusqu’à Kinshasa via Matadi (365 km), puis, au moyen d’un bac, jusqu’à Brazza. Ce trafic étant fort lucratif, les habitants de la province redoutent que le futur ouvrage et la modernisation concomitante du CFCO détournent le trafic au profit de l’axe Pointe-Noire/Brazzaville/Kinshasa.

Ce projet de pont, dont la mise en œuvre faciliterait considérablement le transport des marchandises et des passagers, qui, depuis la nuit des temps, se fait à bord de bateaux, de bacs et de pirogues à travers les rapides – on ne compte plus naufrages et noyades –, n’est pas nouveau. Après l’indépendance, il a été plusieurs fois évoqué par les dirigeants des deux pays et, à chaque fois, repoussé pour des raisons politiques ou financières. La population de Kin­shasa étant trois fois plus nombreuse que celle du Congo tout entier, les Brazzavillois craignaient d’être envahis. Pour leur part, les Kinois ont cessé de croire à son intérêt après la mise en service du pont « Maréchal » [Mobutu], à Matadi, en 1983.

Tout a changé avec la relance des projets d’intégration africaine. La Banque africaine de développement (BAD) a proposé de financer les études à hauteur de 92 % (par un don de 7,5 millions de dollars), le reste étant à la charge de la RDC (7 %) et du Congo (1 %). L’accord de prêt a été approuvé le 4 décembre 2008, puis signé par les ministres des Finances des deux pays, le 13 mai à Dakar. Enfin, un protocole d’accord en bonne et due forme a été ratifié le 24 juin, à Kinshasa, par les ministres de tutelle. C’est ce dernier acte qui a provoqué la colère du Bas-Congo.

Ce texte a pourtant été approuvé par les présidents Joseph Kabila et Denis Sassou Nguesso et par l’instance de coopération sous-régionale, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac). « Seules les études permettront de vérifier la viabilité du pont route-rail, ainsi que son impact économique et social », explique un responsable de la BAD désireux de calmer les esprits. Lesdites études devraient être lancées à la fin de cette année ou au début de la suivante. Elles concerneront aussi la construction d’une liaison ferroviaire entre Kinshasa et Ilebo (1 015 km), qui assurera la jonction avec le train venant de Lubumbashi. Si les études sont concluantes, et si les deux pays les approuvent, restera à réunir l’argent nécessaire : entre 2 et 3 milliards de dollars. Le début des travaux n’est donc pas pour demain !

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