Société

Mondial : le compte à rebours

Il reste onze mois aux Sud-Africains pour organiser la première Coupe du monde africaine. Certains promettent une organisation impeccable, mais sur place l’enthousiasme est modéré.

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Mis à jour le 27 juillet 2009 à 16:23

Ouvriers sud-africains sur le chantier du stade de Green Point, au Cap © DR

Examen réussi. Avec un très honorable 7,5 sur 10. C’est la note que Sepp Blatter a bien voulu accorder aux hôtes de la Coupe des confédérations, cette « répétition générale » remportée le 28 juin par le Brésil, à un an de la Coupe du monde. « L’Afrique du Sud a bien démarré pour 2010. Les organisateurs et le gouvernement ont bien travaillé. Il reste des défis, mais j’ai confiance », a commenté le président de la Fédération internationale de football association (Fifa).

On ne parle plus d’un « plan B » qui verrait l’Afrique du Sud perdre sa Coupe du monde pour cause de mauvaise préparation, de stades à moitié construits ou de criminalité rampante. Malgré une grève sur les chantiers, qui a paralysé les travaux du 9 au 15 juillet, il est fort probable que les cinq stades toujours en construction sur les dix sites prévus seront prêts à temps. Ils auront coûté 950 millions d’euros et comprendront de véritables œuvres architecturales, comme le stade de Green Point, au Cap, qui sera couvert du plus grand toit en verre du monde.

Hormis des vols, dont ont été victimes les équipes brésilienne et égyptienne dans leur hôtel, peu d’incidents sont survenus pendant la Coupe des confédérations. C’est un soulagement pour les organisateurs, pour lesquels la sécurité reste un souci majeur. Pas moins de 450 000 supporteurs étrangers sont attendus en 2010, un défi pour une police réputée pour son manque d’efficacité.

Même les Bafana Bafana, au 72e rang avant la Coupe des confédérations, ont grimpé de deux places dans le classement mondial grâce à une performance plus que respectable. Personne n’avait cru à la promesse de l’entraîneur brésilien Joel Santana d’amener l’équipe sud-africaine en demi-finale, mais le pari a été gagné. Les Bafana Bafana ont finalement eu l’honneur d’être éliminés par le Brésil, sur le score de 1-0. 

« La meilleure de tous les temps »

Mais le chemin est encore long et Sepp Blatter a aussi manifesté quelques inquiétudes, notamment à propos des retards dans la construction d’hôtels. La Fifa réclame 55 000 chambres, et seules 40 000 sont actuellement disponibles. L’Afrique du Sud compte sur la solidarité régionale, de la part du Mozambique, du Lesotho, du Swaziland et de la Namibie, pour résoudre le problème d’hébergement. La mesure est évoquée comme une solution, mais les supporteurs étrangers logés dans les pays limitrophes sont censés prendre en charge leurs frais de déplacement.

Dans son rapport, la Fifa s’inquiète aussi des problèmes de transport dans les quatre villes, Pretoria, Johannesburg, Bloemfontein et Rustenburg, qui ont accueilli les huit équipes de la Coupe des confédérations. L’année prochaine, 32 équipes sont attendues, et cinq villes de plus devront accueillir joueurs, journalistes et spectateurs.

Le président du comité organisateur, Irvin Khoza, assure que les infrastructures de transport seront en place : « Le problème, c’est que le système de bus desservant les stades a démarré tardivement. Il y a eu un manque de formation du personnel. Nous devons aussi encourager nos concitoyens à utiliser les trains, car de nombreux stades sont proches des gares. »

Toujours en chantier, le « bus rapid transit system » (BRT) tarde à être mis en circulation. Ce réseau de bus de ligne doit remplacer les minibus privés qui, depuis des années, détiennent un quasi-monopole sur les transports urbains dans tout le pays. L’introduction du BRT est présentée comme l’une des principales retombées du Mondial pour les habitants des banlieues, les anciens townships. Or les opérateurs des minibus, organisés en véritables mafias, résistent au BRT depuis plusieurs années, allant jusqu’à attaquer les voyageurs qui osent monter dans des bus. Dans ce milieu, les problèmes se sont jusqu’ici réglés à coups d’armes à feu.

Depuis le 15 mai 2004, date à laquelle la Fifa a annoncé son choix pour 2010, Blatter promet « la meilleure Coupe de tous les temps ». Il y a pourtant un aspect sur lequel, malgré sa volonté et même en dépensant plus, la Fifa ne peut rien, c’est le peu d’enthousiasme que suscite l’événement dans la population locale. 

« Nous n’en avons pas besoin »

Pour le chroniqueur du quotidien The Sowetan Andile Mngxitama, « 2010 est une Coupe du monde pour les riches ». « Le gouvernement veut nous faire croire à une victoire pour le pays, mais nous n’avons pas besoin de cette coupe. Trente mille policiers spéciaux seront déployés et une super-technologie sera mise en place pour limiter la criminalité. La Coupe va transformer notre pays en un énorme parc d’attractions dans lequel les visiteurs connaîtront un niveau de confort et de sécurité qui fera rêver les Sud-Africains. Quand ça sera terminé, nous nous retrouverons avec des stades merveilleux dans un pays qui n’arrive même pas à nourrir ni à éduquer son peuple », écrit l’éditorialiste.

Les organisateurs ont déjà reçu un avertissement retentissant. La Coupe des confédérations, pourtant organisée en période de vacances scolaires, ne s’est pas jouée à guichets fermés. Sur 720 000 billets disponibles, seuls 510 000 ont été vendus, selon les chiffres officiels. Pour remplir les stades, les organisateurs ont dû envoyer des bus chercher des spectateurs dans les quartiers populaires.

Pour la Coupe du monde, les Sud-Africains ont accès à des billets à prix réduits, allant de 200 rands (18 euros) pour les matchs de poules et à 500 rands (45 euros) pour les huitièmes de finale. Mais les supporteurs de foot sud-africains n’ont pas les habitudes des Occidentaux. Ici, il est rare d’acheter des billets à l’avance, encore moins – comme le stipulent les règles de la Fifa – de remplir un formulaire de demande avant de recevoir sa place. Avec le boycott sportif des années de l’apartheid, l’Afrique du Sud joue depuis moins de vingt ans dans l’arène internationale. Même si l’intérêt pour le championnat local relève du fanatisme, l’enthousiasme reste modeste pour les Bafana Bafana, une équipe nationale qui ne cesse de décevoir ses fans et n’a pas remporté de succès notable depuis sa victoire lors de la Coupe d’Afrique des nations en 1996.

Lors de l’ouverture de la vente des billets pour les matchs de poules, les demandes devaient être déposées par Internet ou dans les agences de la First National Bank, une des banques du pays. Or, la majorité des Sud-Africains n’ayant pas de compte en banque, ils n’ont pas l’habitude de se rendre dans ces établissements, qui par ailleurs sont souvent situés bien loin des grandes banlieues populaires.

Face à ce premier échec, les organisateurs ont rectifié le tir et ouvert en avril quatre guichets dans des centres commerciaux. « Nous sommes convaincus que le système simplifié de vente attirera plus de supporteurs locaux », assure Khoza. Il faudra le croire sur parole : les organisateurs refusent en effet de publier les chiffres de vente des billets réservés aux Sud-Africains.