Politique

La secte qui embrase le Nord

L’armée a maté dans le sang l’insurrection d’intégristes musulmans qui veulent la charia dans tout le pays.

Au Nigeria, la violence se propage avec la rapidité d’un feu de poudre. Quatre jours auront suffi pour que les affrontements (qui ont débuté par l’attaque d’un commissariat dans l’État de Bauchi, le 26 juillet) gagnent ceux de Yobe, Kano et Borno, plus au nord du pays. Cinq jours qui auront suffi à faire près de 600 morts et plus de 3 000 déplacés.

Préconisant l’application de la charia dans tout le pays – actuellement, la loi islamique est en vigueur dans 12 des 36 États de la fédération –, les assaillants appartiennent à un mouvement dissident musulman. Son nom, Boko Haram, donne des indices sur son programme : mélange d’arabe et d’haoussa (l’une des langues les plus parlées au Nigeria), il signifie « l’éducation occidentale est interdite ». Créé en 2002 à Maiduguri, dans l’État de Borno, le mouvement s’est délocalisé en 2004 dans celui, voisin, de Yobe, frontalier du Niger. Là, une base baptisée « Afghanistan » a été établie. N’entretenant pas de lien direct avec Al-Qaïda, Boko Haram cherche toutefois à s’y identifier. Ce mouvement évoque pour les Nigérians le souvenir d’un autre groupe : la secte Maitatsine, dont le fondateur, Mohamed Marwa Maitatsine, se proclamait à la fois prophète et messie. Opposée à toute notion de progrès, dénonçant les emprunts à l’Occident et prônant un ordre islamique totalitaire, la secte avait provoqué de sanglantes émeutes à Kano et Maiduguri (respectivement en 1980 et 1982) causant plusieurs milliers de morts.

Boko Haram ira-t-il jusque-là ? « La démocratie et le système d’éducation doivent être changés, sinon cette guerre durera longtemps », a menacé Mohamed Yusuf, considéré comme l’instigateur des attaques. Le mouvement compterait plusieurs centaines d’adeptes – dont des ressortissants des pays voisins –, « surtout des jeunes, déterminés à mourir pour Dieu », précise une source au Nigeria. Qui s’étonne que « les services secrets n’aient pu enrayer son développement ».

Utilisant un arsenal varié – du coupe-coupe au fusil de chasse –, les combattants prennent pour cibles des commissariats, des prisons, des églises, tout ce qui symbolise le christianisme ou l’État fédéral, qu’ils voudraient voir devenir islamique. La rapidité de la propagation des attaques laisse penser qu’elles ont été programmées.

Dans un Nigeria qui compte quasiment autant de chrétiens que de musulmans, les affrontements entre les deux communautés sont fréquents et toujours très meurtriers : plus de 2 000 morts en deux jours à Kaduna en février 2000, 500 l’année suivante à Jos, 200 en novembre 2008, toujours à Jos… À chaque fois, ils nécessitent de lourdes interventions de l’armée.

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