Politique

Cafouillages préélectoraux (suite)

Mis à jour le 11 août 2009 à 12:09

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Coup de tonnerre à Abidjan. À l’issue de la réunion de la Commission nationale de supervision de l’identification (CNSI), le 5 août, ses membres publient un communiqué alarmiste. « Les retards constatés risquent d’éloigner les Ivoiriens du respect de la date du 29 novembre fixée pour le premier tour de l’élection présidentielle », peut-on y lire. Une prise de position d’autant plus surprenante que le Premier ministre, Guillaume Soro, avait déclaré quatre jours plus tôt vouloir faire mentir les « sceptiques » qui doutent de la tenue du scrutin à la date prévue. « Nous avons voulu mettre une pression maximale sur les structures chargées des dernières opérations du processus électoral », avoue un membre de la CNSI.

Dans le collimateur, la Commission électorale indépendante (CEI), dirigée par Robert Beugré Mambé, accusée de laxisme et de désorganisation. Plus de la moitié des centres de coordination des données informatiques de l’enrôlement ne seraient pas fonctionnels et leur personnel n’aurait pas encore été payé.

La CEI refuse de porter le chapeau et rejette la faute sur l’opérateur technique, l’entreprise française Sagem, et sur l’État, chargé d’équiper les centres de coordination. « La Sagem ne cesse de demander des travaux supplémentaires dans les locaux que nous avons mis à sa disposition. Tantôt elle veut des compteurs triphasés, tantôt elle nous signale qu’il faut remplacer des ampoules ou tondre des pelouses. Elle a même exigé que les centres soient équipés de paratonnerres, et le Premier ministre, furieux, a refusé », explique Bamba Yacouba, porte-­parole de la CEI.

 

Menacés d’un audit

Pour cet organisme, c’est à l’État de réaliser les aménagements. L’argument a le don d’irriter la primature. Cette dernière rappelle qu’elle a attribué un budget d’équipement à la CEI en juillet 2008, après que son président a fait le tour des chancelleries occidentales pour expliquer que Guillaume Soro voulait lui retirer la conduite du processus électoral…

« Le plus absurde est que, depuis le début, nous proposons de prendre en charge tous les aménagements en les recentrant sur un seul site à Abidjan. La CEI n’en a pas voulu au dernier moment car, avec la Sagem, elle a pris des engagements avec plusieurs sous-traitants, dont CFAO Technologies, pour le transfert des données de l’enrôlement », regrette-t-on à l’Onuci (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire).

Les autorités menacent à présent d’auditer ces contrats pour établir les responsabilités du blocage. La Sagem, de son côté, affirme avoir investi 1 milliard de F CFA (1,5 million d’euros) pour installer des groupes électrogènes dans plus de 40 centres de coordination.

Conscient que l’opposition n’hésitera pas à le rendre responsable de tout nouveau retard dans le processus électoral, Laurent Gbagbo a convoqué d’urgence une réunion de l’ensemble des structures au palais présidentiel, dans la soirée du 5 août. En présence du Premier ministre, le chef de l’État a demandé aux parties concernées de tout faire pour que le premier tour ait bien lieu le 29 novembre. Le dernier sondage de TNS-Sofres le donne gagnant dans tous les cas de figure au second tour.