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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire: déclic électoral?»

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Politique

Election : la dernière ligne droite ?

| Par Jeune Afrique
Recensement d'un citoyen par la Commission d'identification à Yamoussoukro, en septembre 2008

Recensement d'un citoyen par la Commission d'identification à Yamoussoukro, en septembre 2008 © AFP

Avec la présidentielle prévue en novembre, après sept ans de troubles et d’incertitudes, le pays est en passe de tourner¨la page de la crise. Si certains demeurent sceptiques, les Ivoiriens n’ont en tout cas jamais été aussi près de renouer avec le rituel du vote.

Maintes fois reportée depuis l’expiration, en octobre 2005, du mandat du chef de l’État Laurent Gbagbo, l’élection présidentielle devrait, sauf imprévu de dernière minute, se tenir le 29 novembre prochain. Le Premier ministre, Guillaume Soro, patron des Forces nouvelles (FN, l’ex-rébellion qui contrôle le nord du pays depuis septembre 2002) et maître d’œuvre du processus électoral, y croit dur comme fer. « Le statu quo n’est pas tenable sans élection », martèle-t-il à tous les acteurs impliqués dans l’organisation du scrutin et à tous les partenaires dont son pays escompte quelque soutien. Volontariste, déterminé à répandre l’enthousiasme autour de lui, Soro ne se lasse pas de répéter qu’il est possible de tenir l’échéance fixée. Sans réussir à rallier à son optimisme une partie de la classe politique, notamment les principaux leaders de l’opposition réunis au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) : Henri Konan Bédié, du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), et Alassane Dramane Ouattara, du Rassemblement des républicains (RDR).

Les ténors de l’opposition entrent en lice

Ex-chef de l’État débarqué par un putsch en décembre 1999, Bédié, à 74 ans, laisse entendre que le président Gbagbo va multiplier les manœuvres dilatoires pour repousser l’élection à 2010, dans le seul but de l’exclure de la course, en vertu de la disposition constitutionnelle fixant l’âge limite pour être candidat à 75 ans. Pourtant, l’accord de Pretoria du 6 avril 2005 sur le processus de paix en Côte d’Ivoire dispose que tous ses signataires, dont Bédié, peuvent se présenter à l’élection sans condition.

Quant à Alassane Ouattara, qui analyse les moindres faits et gestes du chef de l’État, il a commencé à se poser des questions lorsque, le 18 mai, à l’occasion de la réunion, à Ouaga, du Comité d’évaluation et d’accompagnement (CEA) de l’accord de Ouagadougou, Gbagbo a lancé à son homologue burkinabè, Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue interivoirien : « Le 29 novembre n’est pas, pour moi, une date fétiche, parce que je ne sais pas comment les fétiches fonctionnent. » Ouattara, qui ne cache plus, depuis lors, son scepticisme sur la tenue de la présidentielle à l’échéance indiquée, a profité de son passage, le 3 août, à Gagnoa, la région natale du chef de l’État, pour interpeller celui-ci : « Monsieur le président, c’est ici à Gagnoa, dont vous êtes originaire, que je veux vous lancer cet appel. La Côte d’Ivoire et le monde entier vous regardent. […] Il est indispensable et urgent que vous donniez la possibilité aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens de se prononcer en connaissance de cause, librement et dans la paix. Les Ivoiriens ne veulent plus qu’on décide à leur place. Ils ont compris l’urgence des élections. »

Les suspicions sont certes légitimes, au vu des reports successifs du scrutin depuis octobre 2005. Toutefois, depuis l’éclatement, il y a sept ans, de la crise politico-militaire, la Côte d’Ivoire n’a jamais été aussi près de renouer avec le rituel du vote. Signe des temps, les principaux candidats sillonnent le pays, tiennent des meetings, exposent leurs programmes respectifs, multiplient les tacles à l’adversaire et les promesses à la population… L’ambiance est à la compétition électorale, comme l’illustrent les réactions passionnées suscitées par la publication d’un sondage TNS-Sofres donnant Gbagbo largement en tête au premier tour, et gagnant au second dans tous les cas de figure (voir ici). Parallèlement à la dénonciation de l’étude, les états-majors du PDCI et du RDR se sont réunis, chacun de son côté, pour en analyser les résultats… Et réorienter leurs stratégies respectives de campagne.

Une carte d’identité pour une carte d’électeur

La fièvre monte au fur et à mesure que le processus électoral avance. Le 30 juin, le recensement des électeurs a été définitivement clos, après moult prolongations visant à permettre à tous ceux en âge de voter de s’inscrire sur les listes. Au total, 6,5 millions de personnes se sont fait enregistrer pour pouvoir exercer leur droit civique, soit 2,5 millions de votants de plus par rapport à la dernière consultation électorale (les régionales de juillet 2002). L’objectif de la Commission électorale indépendante (CEI), maître d’œuvre de l’opération qui a mené les agents recenseurs dans les 11 000 futurs bureaux de vote, a été atteint à 77 % par rapport aux objectifs fixés.

Si deux millions d’électeurs potentiels n’ont pas pu être inscrits, tous les leaders politiques ont pris acte de la fin du recensement, s’abstenant de demander une nouvelle prolongation pour ne pas courir le risque d’entraîner un énième report de la date du scrutin.

Dans un pays où la question de l’identité était au cœur de la crise, le recensement servait aussi à établir aux plus de 16 ans des cartes d’identité, qui n’étaient plus délivrées depuis 1999. La remise de ces dernières ôte un argument de taille aux ex-rebelles dont le chef, Soro, répliquait à tous ceux qui l’invitaient à déposer les armes : « Chaque fois que j’ordonne à l’un de mes hommes de poser son arme, il me demande de lui remettre, d’abord, sa carte d’identité. »

Aujourd’hui rassurés, les combattants des FN ont rendu symboliquement les clés des zones qu’ils contrôlaient à l’administration centrale. Le 26 mai, à Bouaké, Soumaïla Bakayoko, chef d’état-major des Forces armées des FN, a remis le pouvoir aux préfets nommés par le président Gbagbo, sous l’œil satisfait du ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro. « Cette cérémonie ne doit pas être comprise comme la victoire d’un camp sur un autre, s’est félicité le ministre. Nous assistons au retour de la normalité politique et administrative en Côte d’Ivoire. » À la suite de cet événement, la Commission de supervision du redéploiement a visité les sites de Bouaké, Korhogo, Séguéla et Man, où doivent être cantonnés 5 000 combattants ex-rebelles volontaires pour entrer dans la future armée réunifiée de Côte d’Ivoire.

Préalablement à cette union, il est prévu que 8 000 hommes (dont 4 000 fournis par l’armée loyaliste et 4 000 par les FN) composant le Centre de commandement intégré se déploient dans tout le pays pour sécuriser le processus électoral et garantir la sécurité des populations. Définies au cours des réunions du CEA du 18 mai et du 9 août, les différentes étapes devant mener au scrutin s’enchaînent. Les prochaines échéances concerneront le croisement du nouveau fichier électoral avec les 12 listes historiquement établies dans le pays, l’affichage de la liste électorale provisoire à partir du 25 août, la phase de contentieux, la date exacte d’ouverture de la campagne électorale, le règlement des questions militaires (notamment grades, textes juridiques, encasernement) au plus tard le 29 septembre… Sans oublier le bouclage du financement promis par la communauté internationale pour mener à bien le reste du processus électoral. D’où l’élargissement de la dernière réunion du CEA, le 9 août, à d’autres organismes comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque africaine de développement (BAD), ainsi qu’à la France.

Le nerf de la paix

L’argent est plus que jamais nécessaire pour honorer le reste de la facture – 102 milliards de F CFA (155,5 millions d’euros) – de la Sagem, l’entreprise française choisie pour procéder au recensement et à la fabrication des cartes d’identité et d’électeur. Il en faut également pour parachever le désarmement des ex-rebelles et des miliciens. Les combattants démobilisés doivent être formés, puis « versés » dans la vie civile avec, pour chacun d’entre eux, un pécule de 500 000 F CFA (762 euros). Enfin, pour les besoins de l’organisation du scrutin, la CEI attend depuis le 15 juillet un versement de 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros), qu’elle peine à recevoir. Le reste relève de la volonté politique des différents acteurs, principalement du président Laurent Gbagbo. Lequel, comme ses différents adversaires politiques, multiplie les déclarations pour exprimer sa volonté d’aller aux élections. Faut-il le croire ?

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