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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire: déclic électoral?»

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Culture

Mode: l’art de la récup

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Contre le gâchis, Maï détourne des objets de leur fonction première

Contre le gâchis, Maï détourne des objets de leur fonction première © D.R

Sacs en toile de jute ou de coco, bâches en plastique, filets de pêche… Une créatrice recycle les matériaux du quotidien ivoirien et revisite la tradition.

Une robe de mariée élaborée à partir de sacs de riz, une minijupe taillée dans de la toile de coco ou de jute servant à confectionner les sacs de cacao et de café, un bustier découpé dans les bâches noires sur lesquelles les agriculteurs font sécher les fèves de cacao et, pour agrémenter le tout, une couronne en peau et cornes de mouton trouvées aux abattoirs d’Abidjan… La créatrice de mode Maï aime mélanger tissus traditionnels et matériaux de récupération. « Je redonne aux déchets toute leur beauté originelle, explique-t-elle. J’aime détourner les objets et les matériaux de leur fonction première. »

Redonnant vie à ce qui est abandonné par ses contemporains, Maï fustige la société de consommation : « Pourquoi jeter ce qui est réutilisable ? Quel gâchis ! Quand, en 2003, j’ai commencé à récupérer par-ci par-là des sacs de café et des filets de pêche pour en faire la base de mes créations, tout le monde s’est moqué de moi. On me prenait pour une folle. Mais on ne peut pas continuer à jeter ainsi et à polluer. » Sans compter que ces matériaux abandonnés lui permettent d’innover… à moindre coût. Les professionnels lui offrant volontiers les sacs et bâches en plastique dont elle a besoin.

Fille de tailleurs

Née à Divo en 1968, Maï a commencé par travailler les toiles de jute utilisées pour transporter « ce qui fait l’identité de la Côte d’Ivoire, le café et le cacao, une façon de rendre hommage à nos vaillants planteurs ». Formée par ses parents, tous deux tailleurs, avant d’intégrer une école de couture à Abid­jan, Maï a ouvert son atelier en 2006 à Treich­ville, entre l’avenue 24 et la rue 38. Chaque jour, comme n’importe quelle couturière, elle confectionne chemises, jupes, camisoles (bustiers) en pagne, basin et bogolan. Entre deux commandes, elle recycle les matériaux trouvés, lave les peaux de mouton, les toiles de coco, les teint et les double d’un fin tissu pour plus de confort.

Repérée en 2004 par la réalisatrice de Bronx-Barbès, Éliane de Latour, Maï réalise les costumes de son film Après l’océan, présenté en Côte d’Ivoire en mai dernier et sorti en salles en France début juillet (voir J.A. n° 2529). « J’ai été subjuguée par son travail, son envie de donner une nouvelle beauté aux objets jetés », raconte la Française. « Quand Éliane m’a proposé de réaliser des costumes pour son film, ajoute Maï, j’ai été très flattée. C’était l’occasion de montrer mon travail, mais aussi de dire à la jeunesse ivoirienne que l’on peut créer sur place et réussir sans nécessairement partir pour l’Europe. »

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