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L’Afrique toujours en manque d’énergie

La centrale de la compagnie ivoirienne de production d'électricité à Abidjan

La centrale de la compagnie ivoirienne de production d'électricité à Abidjan © AFP

Sous-équipement, sous-capacité, vétusté des infrastructures… De nombreux pays africains ont du mal à combler leurs besoins énergétiques à cause d’un déficit à la fois d’investissements et de volonté politique. Seul le maghreb, plus développé, tire son épingle du jeu en s’arrimant peu à peu à l’Europe.

Le 28 juillet dernier, quatre coupures d’électricité étaient enregistrées pendant la matinée dans plusieurs quartiers de la ville de Constantine, en Algérie. Le phénomène était devenu quasi quotidien depuis plus d’une semaine, rapportait le journal national El Watan. Quelques jours auparavant, c’était tout le département de Diourbel, au Sénégal, qui subissait des coupures de courant intempestives, suscitant l’ire de la population locale. Et au printemps dernier, les habitants de Ouagadougou, la capitale du Burkina, avaient déjà été victimes d’interruptions quotidiennes de courant à la suite d’un délestage du réseau électrique national… La plupart des pays africains peinent à répondre à leurs pics de consommation énergétique, surtout en période de canicule, entraînant régulièrement des délestages sur leurs réseaux nationaux. Sous-équipement, sous-capacité, vétusté des infrastructures, sous-capitalisation des compagnies nationales d’électricité en constantes difficultés financières… Le développement des réseaux et des infrastructures énergétiques restent un enjeu crucial pour de nombreux pays africains.

« On constate un manque flagrant d’investissement de la part des entreprises nationales d’énergie, incapables de financer la hausse de la production », indique Marc Vergnet, le PDG de Vergnet SA, PME française spécialisée dans l’énergie éolienne, présente en Éthiopie et en Érythrée. « Les problématiques varient néanmoins selon trois zones géographiques : le Maghreb ; l’Afrique subsaharienne ; l’Afrique de l’Est et australe », souligne Jean-Pierre Favennec, le directeur expert à l’Institut français du pétrole (IFP).

Connexion méditerranéenne

Face à la forte croissance de leur demande énergétique liée à leur développement économique, les pays du Maghreb et, dans une moindre mesure, l’Égypte et la Libye, s’ils continuent de s’arrimer à l’Europe, sont les mieux placés pour résoudre leurs problèmes. D’autant que l’Afrique du Nord compte deux grands pays producteurs, l’Algérie et la Libye, et un niveau d’électrification proche de 100 % pour les trois pays maghrébins. Leur solution passe en grande partie par leur raccordement au Vieux Continent. Ainsi, les projets d’interconnexion électrique se multiplient entre les pays du nord et du sud du Bassin méditerranéen. Déjà deux lignes à haute tension relient le Maroc et l’Algérie à l’Europe. Ces dernières s’inscrivent dans le cadre du grand projet Med Ring, qui vise à développer une boucle électrique entre les deux rives de la Méditerranée, ouvrant la perspective d’un véritable marché commun de l’énergie. Maroc, Algérie, Tunisie d’un côté, et Libye, Égypte, Jordanie, Syrie de l’autre sont déjà interconnectés. Deux maillons restent à réaliser, l’un avec la Libye au sud et l’autre avec la Turquie au nord, selon RTE, le gestionnaire du réseau français de transport d’électricité, partie prenante du projet. L’Union pour la Méditerranée (UPM), en panne depuis sa création il y a un an, parie d’ailleurs sur l’énergie pour se relancer.

L’interconnexion régionale, c’est ce qui fait principalement défaut à l’Afrique subsaharienne. « Chaque pays se restreint à son propre besoin, avec des coûts élevés de production. Il faut construire des réseaux transfrontaliers à partir de grands sites de production en mesure de fournir de l’énergie à moindre coût à toute une sous-région », estime Alain Tronche, vice-président Afrique de ContourGlobal, société américaine spécialisée dans la production indépendante d’électricité, active au Togo et au Rwanda. Sur ce créneau, les grands projets hydroélectriques ont une carte à jouer. L’énorme barrage Grand Inga, en RD Congo, au potentiel de 40 GW, pourrait couvrir à terme les besoins des pays voisins. De même, celui de Gibe, en Éthiopie.

Les initiatives restent timides

Conscient de ses atouts, le Cameroun a lancé début 2009 son grand programme énergétique qui consiste à construire de multiples barrages et centrales hydroélectriques et à réaliser des interconnexions avec les cinq pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Le pays a déjà trouvé un partenaire privé, Rio Tinto Alcan, pour la construction du barrage de Song Mbengue, d’une capacité de 900 MW. Mais les initiatives restent en général très timides sur un continent qui « n’utilise que 8 % de son immense potentiel hydroélectrique, un véritable gâchis », selon Marc Vergnet.

Et si les grands projets se multiplient, ils tardent à se réaliser en raison surtout d’un manque de financement. « En revanche, l’Afrique de l’Est a une logique de développement et d’interconnexions régionales plus avancée, du Kenya à l’Ouganda jusqu’à l’Afrique du Sud », expose Alain Tronche. En témoigne le projet d’un barrage géant à Jinja, en Ouganda, d’un coût de 860 millions de dollars financés par l’entreprise américaine Sithe Global et le fonds Aga Khan pour le développement économique.

Quant à l’Afrique du Sud, qui a depuis longtemps fait le choix du nucléaire, avec deux centrales existantes, elle peine aussi à répondre à la hausse de sa demande domestique en raison d’une politique d’investissements atone depuis la fin de l’apartheid. « Le pays a très peu investi dans la production d’énergie en gelant la réalisation de six centrales nucléaires supplémentaires, nécessaires pour combler ses besoins », déplore Jean-Pierre Favennec. Comme l’Afrique du Sud pour ses townships, les pays d’Afrique subsaharienne pèchent également par un manque crucial d’électrification de leurs zones rurales. Un marché énorme convoité notamment par l’entreprise Câbleries du Maroc, fabricant marocain de câbles électriques et optiques, qui vise à électrifier les campagnes des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) – Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo… Mais pour l’instant, populations et villages isolés africains bénéficient des petits générateurs autonomes d’énergie solaire fournis par les spécialistes étrangers comme le français Tenesol (joint-venture entre Total et EDF).

L’exception tunisienne

En attendant, « les pays africains ont en général fait le mauvais choix énergétique, celui de la facilité, en optant souvent pour un combustible cher, le pétrole – et ses dérivés, le gazole et le fuel », analyse Marc Vergnet. C’est le cas du Mali. Le pays a lancé en mai dernier les travaux de sa nouvelle centrale électrique au fuel de Balingué (zone industrielle de Bamako) d’une capacité de 45 MW et d’un coût de 34 milliards de F CFA. Opérationnelle à la fin 2010, elle permettra de minimiser les risques de défaillance liés aux aléas de la production et au retard des projets hydroélectriques de Félou et Kénié et d’interconnexion avec la Côte d’Ivoire. De son côté, le Togo s’apprête à être autosuffisant en énergie, lorsque sa nouvelle centrale thermique au fuel, d’une capacité de 100 MW et d’un montant de 180 millions de dollars financés par ContourGlobal, sera mise en service en 2010. Le pays emboîte le pas de la Tunisie, une exception dans le paysage énergétique africain : elle est le seul pays à produire depuis vingt ans plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Un exemple à suivre… 

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