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Afghanistan : une élection pour rien

| Par Jeune Afrique

Quel que soit le résultat de la présidentielle afghane du 20 août dernier, attendu pour le 17 septembre prochain, il faut se rendre à l’évidence : la guerre en Afghanistan n’est autre qu’un piège mortel. Que Hamid Karzaï ou que son ancien ministre des Affaires étrangères Abdallah Abdallah soit élu ne fera aucune différence. Plutôt que d’envoyer en Afghanistan toujours plus de troupes, les États-Unis et leurs alliés de l’Otan feraient mieux de chercher au plus vite une stratégie pour quitter cet infortuné pays.

La guerre y a déjà duré huit ans et elle est loin d’être terminée. Jusqu’à présent, le conflit a coûté la vie à 780 soldats américains et à plus de 200 soldats britanniques. Quant au contribuable américain, cela lui a coûté la scandaleuse somme de 220 milliards de dollars, qui, s’ils avaient été dépensés pour des projets de développement, auraient pu transformer non seulement l’Afghanistan, mais aussi les pays voisins. Le conflit est fréquemment comparé à la guerre du Vietnam. Il serait temps de s’en extraire.

Le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique Gordon Brown ont tous deux déclaré à maintes reprises que la guerre avait pour but de protéger les sociétés occidentales des attaques terroristes – et d’éviter un nouveau 11 Septembre. Mais cette idée ne repose sur rien et peut même se révéler fausse. Il est en effet possible d’affirmer que plus la guerre dure, plus il y a de morts côtés afghan et pakistanais, plus la probabilité que les musulmans du monde entier veuillent se venger de l’ennemi occidental s’accroît.

 

Voilà longtemps qu’Al-Qaïda a cessé d’être une organisation structurée et centralisée. C’est un concept, une franchise, une source d’inspiration pour certains et un danger pour d’autres. Une entité que l’on combat plus efficacement avec des idées qu’avec des fusils d’assaut.

Cela, Obama l’a clairement reconnu quand il a plaidé en faveur d’une réconciliation avec le monde arabo-musulman. Il a promis plusieurs initiatives visant à promouvoir la coopération avec les pays musulmans dans les domaines de la science, de l’éducation, de la technologie et de la santé. Il a aussi compris qu’évacuer l’Irak et mettre fin au conflit israélo-palestinien, sur la base d’une solution à deux États, permettrait d’améliorer des relations jusqu’ici empoisonnées.

Tout cela est remarquable et mérite d’être applaudi et encouragé. Mais, par ailleurs, le président américain semble considérer la guerre en Afghanistan comme une « nécessité ». C’est une erreur majeure – peut-être l’erreur principale de sa politique étrangère. Et il doit la corriger s’il ne veut pas se noyer dans le bourbier.

 

Des élections comme la récente présidentielle – vigoureusement contestée à la radio comme à la télévision – doivent être encouragées. Mais personne ne peut prétendre que le pays est prêt à adopter un modèle ressemblant de près ou de loin à une démocratie. La majorité des Afghans veulent avant tout des emplois, de l’eau potable, de l’électricité, un système judiciaire suffisamment juste pour résoudre leurs conflits. Ils veulent aussi être libérés de l’oppression des seigneurs de guerre et ils attendent la fin de la présence militaire occidentale, des attaques contre les villages, des tirs de missile qui brisent des familles et tuent des enfants. En d’autres termes, ils veulent la paix.

Aucune considération ne justifie le fait que de jeunes Occidentaux aillent trouver la mort en Afghanistan dans le but d’imposer un modèle de société à une population qui, dans sa grande majorité, n’en veut pas.

Obama et ses alliés occidentaux doivent de toute urgence discuter d’une nouvelle stratégie. Au lieu de guerroyer, ils devraient convoquer les principaux chefs des tribus et les dirigeants des États de la région à une grande conférence de paix. Il ne fait aucun doute que la simple promesse du retrait des troupes constituerait un choc salutaire. En outre, mobiliser des millions de dollars en faveur de l’aide au développement pourrait inciter les Afghans à délaisser leurs querelles pour trouver un modèle de gouvernement, et ce sans ingérence extérieure. 

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