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La Laiterie du Berger montre la voie

Dans un pays où les produits à base de poudre de lait importée dominent, l’entreprise se distingue en utilisant du lait collecté sur place. Avec succès.

Mis à jour le 8 septembre 2009 à 16:00

Médecin vétérinaire de formation, Bagoré Bathily a fondé la société en 2006 © DR

« On ne se positionne plus comme une petite entreprise idéaliste, mais comme une société conquérante qui veut être un leader. » Derrière un visage juvénile se cache un entrepreneur ambitieux. À 35 ans, Bagoré Bathily dirige La Laiterie du Berger (LDB), première société laitière sénégalaise à commercialiser uniquement des produits fabriqués à une échelle industrielle à partir de lait de collecte.

Jusqu’en décembre 2006, date de lancement de LDB, les produits laitiers élaborés à partir de poudre importée d’Irlande, d’Argentine, de Nouvelle-Zélande ou de Chine, dominaient le marché. « Au Sénégal, près de 4 millions de per­sonnes vivent directement de l’élevage. Il y a 2,5 millions de bovins. Or 99 % des produits laitiers distribués sont importés ! La facture laitière annuelle s’élève à 64 milliards de F CFA (98 millions d’euros) », explique Bagoré Bathily, confiant dans l’avenir de l’entreprise qu’il a montée avec deux amis.

Les trois associés ont réuni 700 millions de F CFA (fonds propres, capital-­risque et crédit bancaire) pour construire une usine à Richard Toll, à 400 kilo­mètres au nord de Dakar, acheter des véhicules pour collecter le lait frais auprès des éleveurs (plus de 800 aujourd’hui) et multiplier les sites de stockage. Trois ans plus tard, s’il est vrai que les produits laitiers fabriqués à partir de poudre sont toujours omniprésents, ceux de LDB se vendent de mieux en mieux. Sa production journalière est passée de 500 litres en 2006 à 4 000 litres en 2009. Le chiffre d’affaires a presque doublé en un an. Il est passé de 250 millions de F CFA en 2007 à 400 millions en 2008 et il pourrait atteindre 700 millions en 2009.

Le lancement début août de la ­marque Dolima (« ressers-moi », en wolof), à grand renfort de publicité, a déjà fait « exploser » le chiffre d’affaires mensuel, indique Bathily sans autre précision. Ce résultat a été obtenu grâce à la vente du soow (lait caillé), conditionné en pots de 250 g à 5 kg ou en sachets de 50 g vendus à 50 F CFA l’unité. Les Sénégalais en raffolent. En revanche, le lait frais, qui est encore considéré comme un produit de luxe dont la conservation est difficile, a du mal à s’imposer, constate le directeur général, misant désormais sur le soow et ses dérivés aromatisés à la vanille, à la fraise…

Néanmoins, le succès du lait caillé n’est pas pour autant synonyme de richesse. Les marges sont moins importantes que celles des entreprises utilisant la poudre de lait. « Alors que nous achetons le litre de lait au producteur 200 F CFA, nos concurrents se procurent la poudre servant à reconstituer l’équivalent de un litre de lait à 190 F CFA. Et ils n’ont pas les mêmes contraintes que nous, qui avons à notre charge le transport et la conservation, par exemple », rappelle-t-il. 

L’unique laiterie industrielle

Mais la concurrence ne s’arrête pas là. Sur un marché en pleine expansion depuis 1994, année de la dévaluation du franc CFA, qui a fait grimper les prix des laitages importés, le nombre d’entre­prises a quintuplé. Elles sont une dizaine de laiteries aujourd’hui, mais LDB est la seule à vocation industrielle. « Notre objectif est de soutenir la production laitière locale et de promouvoir la consommation de produits sénégalais. Nous faisons du social business. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que nous sommes soutenus par Danone Communities [le fonds d’investissement socialement responsable du groupe français, NDLR], qui possède 25 % de notre capital. Celui-ci s’élève à 340 millions de F CFA », sou­ligne le patron de LDB.

Toujours dans le souci d’optimiser l’investissement, qui s’élève désormais à 2,5 milliards de F CFA – l’entreprise a toujours trouvé porte ouverte auprès de bailleurs de fonds (Bicis, BIO, AFD, BEI…) –, LDB développe aussi une activité en amont, avec notamment des campagnes d’insémination artificielle, soutenues par le gouvernement. En 2009, 2 500 vaches ont été inséminées avec de la semence de taureaux normands pour améliorer la qualité du cheptel. « Nous envisageons en outre de créer prochainement des fermes ­pilotes pour les éleveurs », conclut Bagoré Bathily, qui se souvient qu’il n’y a pas si longtemps certains le prenaient pour un « fou voulant vivre parmi les vaches au Sénégal et faire des yaourts ».