Cinéma

Cinéma : l’Arabe, le Corse et l’islamiste

Récompensé à Cannes, Un prophète de Jacques Audiard sort en salles. Cette chronique sur la vie carcérale révèle un jeune talent, Tahar Rahim.

À la différence de son ­célèbre père, Michel Audiard, spécialiste des dialogues amusants avec des répliques « qui tuent » dans des polars parodiques joués par des monstres sacrés du cinéma populaire français (Gabin, Blier…), le réalisateur d’Un prophète nous a habitués à des films très noirs sur le versant tragique. Tous réussis – on se souvient, par exemple, et pas seulement pour leurs titres étranges, des excellents De battre mon cœur s’est arrêté ou de Regarde les hommes tomber –, ces longs-métrages très originaux lui ont vite permis de se faire un prénom, voire de faire oublier son encombrant géniteur. Avec son dernier film, justement récompensé en mai dernier à Cannes par le Grand Prix après avoir été l’un des favoris pour la Palme d’or, il confirme sa stature de grand du cinéma. 

Intelligence rusée

Un prophète est a priori un film de genre. Catégorie film de prison. Une chronique des duretés de la vie carcérale avec ses inévitables scènes de violence. Mais il dépasse vite cette dimension au fur et à mesure de son implacable déroulement. Car il raconte surtout le destin extraordinaire de Malik, un jeune délinquant d’à peine 18 ans, encore analphabète lors de son arrestation, sans aucune attache à l’extérieur, qui se retrouve tout à coup derrière les barreaux pour plusieurs années. Pris en main par un cruel parrain corse, qui le force à tuer un autre détenu, la petite frappe apprend vite, et pas uniquement de son mentor, à se faire une place dans le terrible univers où il est condamné à évoluer. Jouant des rivalités entre le clan des Corses et celui des islamistes qui se partagent de fait le pouvoir au sein de l’établissement, c’est finalement lui qui mettra au pas tout le monde. Son intelligence rusée l’aura emporté sur la force brutale et la solidarité communautaire des uns et des autres.

Réalisé par Jacques Audiard « à la Melville », sans pathos ni bavardages inutiles, Un prophète doit une bonne partie de sa réussite à l’interprétation remarquable de Tahar Rahim, qui incarne Malik en dévoilant toutes les facettes de son talent. Tour à tour fragile et fort, candide et calculateur, ignorant et savant, calme et violent, il s’impose dès son premier grand rôle comme un comédien qui ira loin. À condition peut-être que les ­compliments qui pleuvent sur lui – des critiques le comparent déjà à Al Pacino, Alain Delon et Marlon Brando, excusez du peu ! – ne lui montent pas à la tête.

Un prophète, de Jacques Audiard (sorti à Paris le 26 août).

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