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Enfidha, capitale de la Tunisie du XXIe siècle ?

Urbaniste tunisien

Les capitales ne sont pas éternelles. Elles s’usent lorsque l’on s’en sert et, après avoir beaucoup donné, elles finissent toujours par rendre l’âme. Une sorte de loi physique semble régir leur destin. En Tunisie, nous en avons déjà eu quatre sur un territoire pourtant réduit par rapport à ceux des pays voisins : Carthage, Kairouan, Mahdia et, aujourd’hui, Tunis.

Huit fois centenaire, la capitale tunisienne s’essouffle. Non qu’elle soit la plus peuplée des métropoles du pourtour méditerranéen, loin s’en faut ! Mais elle commence à épuiser ses habitants ou ceux qui s’y rendent (souvent par nécessité), jusqu’à leur faire perdre leurs nerfs. Une ville conçue pour un autre temps ne peut pas résister à l’invasion des automobiles : c’est là le fond du problème.

 

Sous d’autres cieux, on l’a bien compris. Brasília est née, entre autres, de cette constatation. Conçue par Oscar Niemeyer, elle supplée Rio de Janeiro depuis 1960. En Côte d’Ivoire, notre compatriote feu Olivier-Clément Cacoub a dessiné la nouvelle capitale, Yamoussoukro. En Arabie saoudite, Riyad a supplanté Jeddah. Et dans ce géant de l’Afrique qu’est le Nigeria, Abuja est devenu la nouvelle capitale en 1982 ; Lagos est restée, bien sûr, la métropole économique.

Un pays peut – et même doit – posséder des métapoles à objets différents. C’est déjà le cas en Suisse (Genève et Berne) et aux Pays-Bas (Amsterdam et La Haye). Et on pourrait multiplier les exemples en citant l’Inde, la Chine et même les États-Unis. Washington constitue d’ailleurs, à mon sens, l’archétype de la capitale administrative moderne. Elle illustre parfaitement l’ère de la connexion et de la fluidité des réseaux : on y est loin du brouhaha de New York tout en étant relié à cette dernière quasi en temps réel. Une capitale a besoin de respirer loin du monde acharné et besogneux des affaires.

 

En ce qui concerne la Tunisie, Enfidha (située à environ 70 km au sud de Tunis) présente, me semble-t-il, le site de prédilection pour édifier la cinquième capitale de la Tunisie. Le terrain est déjà déblayé – au sens propre, puisque deux éléments structurants sont en cours d’apparition : le port en eau profonde, qui sera l’un des plus importants d’Afrique du Nord, et l’aéroport, qui sera, à l’horizon 2020, l’un des plus grands de la zone. Voilà pour l’infrastructure intra-muros.

Pour le reste, Enfidha, ville de transit entre le Nord et le Sud, contiguë au Kairouanais comme au cap Bon et ouverte sur les vastes étendues sahéliennes, jouit d’une position rêvée pour les urbanistes en quête d’un authentique projet urbain. Les contraintes étant limitées, leur imagination n’en sera que plus fertile. On pourrait en outre faire se faufiler un train à grande vitesse (TGV) du nord au sud qui relierait Bizerte à Tataouine et deux autres qui partiraient de Enfidha pour aller vers Tabarka et Tozeur… Dans combien de temps ? Si le projet se réalise, on peut raisonnablement espérer qu’à l’horizon 2030 Enfidha commencera enfin à rattraper son histoire, particulièrement riche et mouvementée.

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