Politique

Le phénomène Mba Obame

André Mba Obame à un meeting à Libreville, le 29 août © AFP

Arrivé deuxième du scrutin avec 25,88 % des voix, André Mba Obame est la révélation de cette élection présidentielle. En deux mois, l’ancien ministre de l’Intérieur est passé du statut de « premier flic » du Gabon à celui de présidentiable crédible. Improbable au départ, sa candidature a commencé par susciter des sourires moqueurs tant ce Fang de 52 ans semblait promis au destin d’éternel deuxième derrière Ali Bongo Ondimba, son ami de vingt-cinq ans. Au fur et à mesure que la campagne avançait, le redoutable manœuvrier qu’une bonne partie de la classe politique gabonaise aime à détester s’est révélé un tribun. Un « populiste », pour ses détracteurs.

Entamée le 18 juillet par une déclaration de candidature faite depuis la clinique Quiron de Barcelone, où Omar Bongo est décédé le 8 juin, l’irrésistible ascension d’« AMO » a sidéré ses adversaires. Premier obstacle sur son chemin : l’investiture du Parti démocratique gabonais (PDG). Difficile à obtenir face à un Ali Bongo Ondimba soutenu par Guy Nzouba Ndama, le président de l’Assemblée nationale, et par Faustin Boukoubi, le secrétaire général du PDG. Le parti est verrouillé ? Soit ! AMO décide de se porter candidat indépendant. La machine électorale PDG n’est plus en état de marche, pense-t-il alors, car « ce parti a été conçu par Omar Bongo pour servir sa seule ambition ».

Sur le terrain, sa montée en puissance suscite bien des interrogations. AMO avait-il le projet de conquérir la présidence avant même le décès du président, et en dépit de son amitié pour Ali Bongo ? Sur ce sujet, Mba Obame garde le silence. Toujours est-il qu’en campagne il s’impose très vite comme l’un des candidats les mieux préparés. Pour relayer son message et répondre à ses concurrents, il s’appuie sur son groupe de presse, qui comprend TV+ et Radio Nostalgie. 

Tempérament de fonceur

Dans son carnet d’adresses figure le nom de Brice Hortefeux, le ministre français de l’Intérieur, avec qui il a noué des relations amicales. Au Gabon, cet ancien ministre de l’Éducation nationale continue de bénéficier du soutien des syndicats les plus puissants du secteur public. Et, ancien séminariste, il est resté proche de l’église catholique.

Quelques semaines avant le scrutin, quand une délégation de personnalités fangs lui demande de retirer sa candidature pour rallier celle de Casimir Oyé Mba, il oppose une fin de non-recevoir. Pas question d’apparaître comme investi par une ethnie.

En revanche, le 27 août, il réussira à convaincre cinq candidats de se désister en sa faveur. Revendiquant son statut d’héritier du « bongoïsme », il est parvenu à engranger une très large majorité des voix dans son fief fang, avec notamment un score de 81,18 % dans sa province du Woleu Ntem. Mais, même s’il a réalisé une percée dans les autres provinces, la magie est loin d’avoir opéré sur les terres d’Ali Bongo dans le Haut-Ogooué, où il recueille 1,02 % des voix, et dans la Nyanga, fermement tenue par Pierre Mamboundou, où il n’obtient que 1,11 %.

Parfois desservi par son tempérament de fonceur, AMO ne s’est pas fait que des amis au poste délicat et exposé de ministre de l’Intérieur entre 2005 et 2009. Son coup de poker électoral vient néanmoins de lui faire gagner ses galons de premier opposant à Ali Bongo Ondimba. Va-t-il créer un parti politique pour continuer son combat autrement ? Il n’en a encore rien dit. À moins que ce ne soit l’exil car, prédisent certains, « son ami ne va pas le rater ».

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