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Beau temps sur le climat des affaires en Afrique

Malgré la crise, la plupart des pays du continent poursuivent avec vigueur leurs efforts pour fluidifier l’environnement des entreprises, selon la Banque mondiale.

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Mis à jour le 15 septembre 2009 à 13:48

Immeuble de bureaux à Kigali. Le Rwanda est le pays le plus réformateur du monde © Vincent Fournier pour J.A

Pendant la crise, les réformes continuent. C’est l’un des enseignements majeurs qui ressort du rapport « Doing Business » 2010, publié le 9 septembre dernier. Intitulée « Réformer en période difficile », la huitième édition du travail de la Banque mondiale (BM), qui a recueilli des données sur le climat des affaires dans 183 pays entre juin 2008 et juin 2009, laissait pourtant craindre le pire. Mais plutôt que de se replier sur elles-mêmes et d’enterrer la boîte à réformes en attendant une conjoncture plus favorable, la plupart des économies de la planète ont poursuivi leurs efforts pour faciliter la vie des entreprises. « La réglementation des affaires peut avoir une incidence sur la manière dont les entreprises font face à la crise et sur leur capacité à tirer parti des occasions qui se présenteront lorsque la reprise aura lieu », confirme Penelope Brook, vice-présidente pour le développement des secteurs privés et financiers de la BM.

Le message a été entendu par plus de 70 % des pays. Sur les 183 États qui figurent dans le « Doing Business » 2010, 131 économies – un nombre record – ont réformé leur réglementation des affaires, qui se résume à dix indicateurs (création d’entreprise, octroi de permis de construire, recrutement, transfert de propriété, obtention de prêt, protection des investisseurs…) pour la BM. Ces 131 pays ont réalisé un autre record avec un total de 287 réformes, soit 20 % de plus qu’un an auparavant. « On sent bien que la compétition entre les pays s’est accélérée. De plus en plus d’États font attention au classement “Doing Business” et restent mobilisés, car lorsqu’un pays ne fait qu’une ou deux réformes dans l’année, il a tendance à perdre des places. Réformer devrait être une ­seconde nature, un réflexe », analyse Sabine Hertveldt, coauteure du rapport pour l’Afrique francophone.

Meilleur score de l’Afrique

Les deux tiers des réformes ont été engagées par des pays émergents, elles mettent l’accent sur la réduction et la simplification des formalités bureaucratiques. Et l’Afrique n’échappe pas à la tendance. Au contraire. La majorité des économies du continent reste dans le train des réformes malgré un contexte difficile. Le rapport « Doing Business » 2010 établit ainsi que 29 pays d’Afrique subsaharienne sur les 46 étudiés (plus de 60 %) ont effectué 67 réformes, contre 61 lors du précédent rapport. L’Afrique efface son meilleur score (65 réformes en 2007), concrétisé en période de forte croissance. « C’est une bonne année pour l’Afrique, souligne Sabine Hertveldt. Surtout que cette belle performance est réalisée malgré la crise économique et financière, qui a encore plus affecté les entreprises et les pays africains. Il était plus facile d’adopter des mesures protectionnistes, mais les gouvernements ont compris qu’ils devaient poursuivre la mise à jour de leur cadre réglementaire, car ce sera un atout supplémentaire lorsque l’économie mondiale repartira. »

Une tendance à la mobilisation qui se dessine depuis trois ans et qui connaît deux domaines de prédilection : la création d’entreprise et le commerce transfrontalier. Au 156e rang mondial, le Mali gagne six places. « En mars, nous avons lancé, par exemple, un guichet unique pour la création d’entreprise. Il a permis de réduire les délais de dix jours, fait tomber le nombre de procédures de 11 à 7, et diminué le coût de 121 % », explique Ahmadou Abdoulaye Diallo, ministre malien de l’Industrie, des Investissements et du Commerce. Résultat ? En juin, 70 entreprises ont vu le jour au Mali, 100 en juillet et 273 en août, affirme le ministre.

Dynamisme identique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’une des sept régions analysées par la BM. Sur les 19 économies de la zone, 17 ont réalisé 90 réformes, contre 63 – leur précédent record – l’édition passée. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord maintiennent un rythme de réformes identique à la zone de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale, dont les 27 pays ont mené un total de 96 réformes.

Le Liberia et l’Egypte honorés

Mais parmi les pays africains, c’est le Rwanda (67e) qui crée l’événement avec une progression de 76 places ! Le petit pays d’Afrique de l’Est décroche la palme du pays le plus réformateur de la planète (voir ici). C’est la pre­mière fois qu’un pays du continent atteint un tel sommet. Année faste aussi pour l’Égypte et le Liberia, qui se glissent aux deux dernières places du « top ten mondial ». Si le rang du Rwanda récompense la détermination du pays à donner un visage attrayant à son économie, le pays n’est pas le seul à chambouler l’ordre économique mondial. La Suisse détrône les États-Unis dans le classement annuel sur la compétitivité des pays établi par le Forum économique mondial.

Les pays qui connaissent la plus ­forte progression dans le palmarès de la BM partagent des points communs. À l’image du Rwanda, ils développent une vision globale à long terme. Ce dernier a pour ambition de devenir un carrefour technologique dans la région. Une stratégie qui a l’appui du sommet de l’État. Elle s’exécute à travers un comité de réformes réglementaires et implique toutes les agences, publiques ou privées. Plus de 20 pays dans le monde, dont le Burkina Faso et le Liberia, ont créé des comités de réformes rattachés directement au sommet de l’exécutif. Enfin, le dispositif doit être proactif (informatisation, services en ligne…) et poursuivre des objectifs réalistes et concrets. « Cela fait trois ans que le Burkina Faso fait partie des pays les plus réformateurs. Nous ne nous laissons pas griser et nous allons mettre l’accent sur nos points faibles : le commerce transfrontalier, la protection des investisseurs et l’accès au foncier avec un guichet unique », détaille Mamadou Sanou, le ministre du Commerce du Burkina (147e), un pays qui a grimpé de huit places cette année.

Mais si l’Afrique n’a pas à rougir de l’édition 2010 du rapport « Doing Business », il persiste un monde entre le premier pays africain – Maurice (17e), en progression de sept places – et le Tchad, le Congo, la Guinée-Bissau, la RD Congo et la Centrafrique, scotchés aux cinq dernières places. De plus, le Sénégal (157e), le Gabon (158e), la Côte d’Ivoire (168e), le Cameroun (171e) et l’Algérie (136e) reculent, épinglés pour l’absence ou le peu d’importance des réformes avancées. Au Maghreb, le Maroc (128e) et la Tunisie (69e) gagnent deux et quatre places, mais font pâles figures dans la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord, portée par la Jordanie (100e) et l’Égypte (106e). « Ce ne sont pas les pays du Maghreb qui poussent », confirme Sabine Hertveldt. L’Égypte ­gagne 10 places sous l’impulsion de son ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieldin. Pour réformer le climat des affaires, le pays a mobilisé 32 agences gouvernementales appuyées par le Parlement. Avant d’élaborer un programme soutenu de réformes, le ministre de l’Investissement a réalisé un tour du monde pour dénicher les meilleures pratiques déployées par les meilleurs élèves du classement. Le nouveau modèle africain ?