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Amérique Latine-Afrique : bientôt l’alliance

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Politique

Bientôt l’alliance du Sud ?

Le 2e sommet des chefs d’État et de gouvernement des deux continents s’ouvre le 26 septembre au Venezuela. Au programme : relations politiques et échanges commerciaux. Entre les turbulents Chávez et Kadhafi et les pragmatiques Lula et Kirchner, quelle ligne l’emportera ?

Mis à jour le 21 septembre 2009 à 13:43

Hugo Chàvez et Jean Ping au palais présidentiel de Caracas en juin dernier © AFP

C’est finalement l’île enchanteresse de Margarita qui accueillera le 2e sommet des chefs d’État et de gouvernement d’Amérique du Sud et d’Afrique, les 26 et 27 septembre. Après avoir reporté cette rencontre d’un an, « Hugo Boss » – surnom du président Chávez – a préféré offrir à ses hôtes le calme et l’exotisme de l’île caraïbe plutôt que le tumulte de Caracas, une des capitales les plus dangereuses de l’Amérique latine.

Un dicton vénézuélien prétend que l’on peut facilement perdre son âme à Margarita lors de soirées endiablées, menées au rythme de la salsa et des tambores, ces anciennes danses des esclaves noirs. Mais les délégations des 53 membres de l’Union africaine (UA), plus le Maroc et les douze pays de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), viennent avant tout chercher les moyens d’instaurer une grande alliance du Sud, alors que le mouvement des non-alignés essaie de trouver un nouveau souffle.

Au-delà des liens historiques qui unissent deux continents au passé douloureux (colonisation, esclavage, traite…), cocélébrés dans les festivals et autres événements culturels sur les « arts nègres », le partenariat Afrique-Amérique du Sud cherche aujourd’hui une finalité politique. Et, aussi, des opportunités économiques.

Des idées… sur le papier

C’est Olusegun Obasanjo, ancien chef de l’État nigérian et ex-président en exercice de l’UA, qui avait lancé l’idée d’un sommet Amérique du Sud-Afrique en avril 2005, lors de la visite de son homologue brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva. Les deux leaders n’ont pas eu de mal à convaincre leurs pairs respectifs, qui se sont réunis pour la première fois en novembre 2006, à Abuja, de débattre des défis de la mondialisation et de la coopération Sud-Sud.

Plus grande participation du Sud dans les échanges mondiaux, front commun dans le cadre des négociations de Doha sur le commerce et le développement, lobbying pour l’entrée des nations du Sud au Conseil de sécurité des Nations unies… Tels sont les objectifs qui devraient être, une nouvelle fois, affichés dans la déclaration finale, actuellement en discussion.

Mais, pour l’UA, il faut également passer à une phase plus concrète, approuver et trouver les financements pour les programmes élaborés par les représentants des huit commissions mixtes (agriculture et environnement ; éducation et culture ; renforcement institutionnel ; paix et sécurité ; affaires sociales et sport ; sciences et technologies de l’information ; commerce, investissements et tourisme ; infrastructures).

Parmi les projets, la création d’une université du Sud, l’élargissement de la Banque du Sud aux pays africains, l’échange de programmes de télévision et de radio, la mise en place d’un organisme de concertation dans le domaine des hydrocarbures. « De belles initiatives sur le papier, mais qui n’ont pas connu la moindre avancée depuis deux ans », déplore un diplomate africain. « C’est une relation jeune, bien moins importante que celle que nous entretenons avec l’Europe ou la Chine. Elle est toutefois pleine de promesses, rétorque un dirigeant de l’Union africaine. Aujourd’hui, nous jetons les bases pratiques de notre coopération. »

Quelque vingt-six chefs d’État africains ont confirmé leur participation, notamment l’imprévisible Mouammar Kadhafi, président en exercice de l’UA, dont certains redoutent les provocations pour sa première visite sur le continent américain. Avec son ami Hugo Chávez, ils pourraient se servir de la tribune offerte pour lancer leurs habituelles diatribes anti-américaines et anti-israéliennes.

D’autres, comme Lula et Cristina Kirchner, la présidente argentine, affichent des ambitions plus mercantiles. Le premier a ouvert une vingtaine d’ambassades et s’est rendu sept fois en Afrique depuis sa première élection, en 2002. Une diplomatie commerciale qui porte ses fruits : les échanges du Brésil avec le continent africain ont presque triplé. Ils dépassent aujourd’hui les 15 milliards de dollars. Fer de lance de cette offensive, la major Petrobras, qui exploite notamment l’offshore angolais, et la société Vale do Rio Doce, présente dans le manganèse au Gabon et le charbon au Mozambique. Brasilia exporte également ses poulets, son soja et ses produits chimiques de l’autre côté de l’Atlantique.

Intérêts pétroliers

Cristina Kirchner, qui a fait une tournée en Afrique du Nord en novembre 2008 (Algérie, Tunisie, Égypte et Libye), cherche également à placer les productions argentines (blé, viande rouge) et prospecte des marchés dans le nucléaire civil et les hydrocarbures.

Si Chávez joue surtout sur le registre politique et mène avec Cuba des actions de coopération en Afrique dans les secteurs de l’agriculture, de la santé et de l’éducation, il partage également des intérêts pétroliers avec l’Algérie, la Libye, le Nigeria et l’Angola, qu’il côtoie dans le cadre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Une alliance qu’il souhaite étendre aux petits producteurs africains. « Nous allons construire une raffinerie en Mauritanie, qui produit 18 000 barils par jour, a-t-il expliqué le 15 septembre. À partir de cette plate-forme, nous fournirons du pétrole à ce pays, au Mali et au Niger. » Des États qu’il compte bien recruter dans son alliance bolivarienne (l’Alba, un bloc économique antilibéral), pour laquelle il a un programme tout prêt : le socialisme du XXIe siècle.