Politique

Museveni contre la monarchie

La police a interpellé plus de 600 manifestants pendant les trois jours de troubles © Reuters

Le président et le roi du Buganda, le plus puissant des chefs traditionnels, ont déterré la hache de guerre. L’enjeu : le contrôle de la terre.

Entre le président Yoweri Kaguta Museveni et les chefs traditionnels, la lune de miel a duré plus de vingt ans, mais semble désormais terminée. En tout cas avec le Kabaka, Ronald Muwenda Mutebi II, souverain des Bagandas.

Les affrontements entre les partisans du roi et les forces de l’ordre, entre le 10 et le 13 septembre, ont été d’une violence jamais vue depuis la fin de la guerre ­civile en 1986. Bilan : au moins 24 morts, dont certains par lynchage, des centaines de blessés et quelque 600 arrestations.

Le Kabaka doit à Museveni d’avoir réhabilité les chefs traditionnels, dépossédés de tout pouvoir sous Milton Obote. Constitutionnellement, ceux-ci n’ont cependant qu’un rôle « culturel ». Ce que le pouvoir reproche aujourd’hui au Kabaka, grand propriétaire terrien, c’est de sortir de son rôle. Ce dernier veut en effet conserver un droit de regard sur les questions foncières, au moment où le chef de l’État s’apprête à faire passer une réforme constitutionnelle sur la régionalisation, qui diminuera encore l’influence des chefs traditionnels. Or Ronald Muwenda Mutebi II n’est pas un roitelet. Son royaume, le Buganda, s’étend d’est en ouest, le long de la rive nord du lac Victoria. Il comprend la capitale et compte sur son territoire presque 50 % de la population ougandaise… Un réservoir électoral qui jusqu’ici a toujours soutenu Museveni, de l’ethnie banyankole.

Pour le moment, le chef de l’État, au pouvoir depuis vingt-quatre ans, reste ferme. Il a fait savoir que la justice agirait vite contre les « fascistes et réactionnaires ». « On tirera sur tout émeutier », a menacé le président. Le gouvernement a décidé la fermeture des radios diffusant en luganda, la langue des Bagandas. Le pouvoir soupçonne le royaume d’avoir noué des liens à l’étranger. Red Pepper, un quotidien appartenant à Salim Saleh, le puissant frère du président, a suggéré que le colonel Kadhafi, en délicatesse avec Museveni, aurait financé les émeutes. Selon le gouvernement, le principal parti d’opposition, le Forum pour le changement démocratique de Kizza Besigye, se serait aussi allié à la monarchie. 

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte