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1987-2009 Les années Ben Ali

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Le changement dans la continuité

« Le bon élève du Maghreb et du monde arabe »… Si le cliché est réducteur, il a le mérite de résumer l’image que les autorités s’emploient à projeter hors de leurs frontières.

Mis à jour le 21 septembre 2009 à 17:55

A l’origine d’avancées économiques et sociales décisives, Habib Bourguiba, le père de l’indépendance, a grandement contribué à bâtir le mythe d’une Tunisie avant-gardiste, pays « de la modération et du juste milieu ». Son successeur, Zine el-Abidine Ben Ali, a poursuivi, sans trop la dénaturer, l’œuvre entamée, tout en mettant un accent particulier sur la diplomatie économique.

Devenue un pays émergent, la Tunisie mise aujourd’hui moins sur la coopération que sur les capitaux étrangers pour rejoindre le peloton de tête des nations avancées. Sa stabilité politique et sa fiscalité accommodante sont autant d’atouts pour séduire les investisseurs. Elle a noué de nouveaux partenariats, en particulier avec les pays du Golfe, comme le Qatar, Bahreïn ou les Émirats (notamment celui de Dubaï), dont les investissements ont, en 2007, dépassé pour la première fois, en valeur, ceux des Occidentaux. Une performance qui n’a pas été rééditée en 2008, crise financière oblige. Et la pérennité de certains projets immobiliers pharaoniques, à l’instar de celui de Sama Dubai à Tunis, est aujourd’hui sérieusement remise en question.

Idylle européenne

Ce nouveau tropisme arabe de la diplomatie tunisienne ne doit cependant pas occulter l’essentiel : l’ancrage économique à l’Union européenne, matérialisé en 1995 par la signature d’un accord d’association qui a servi de modèle aux autres pays de la rive sud de la Méditerranée. La Tunisie réalise plus de 70 % de son commerce extérieur avec l’UE. Elle est l’un des piliers de l’Union pour la Méditerranée (UPM) et est toujours en lice pour le poste de secrétaire général de l’organisation.

Sur le plan bilatéral, la France, avec laquelle les relations sont au beau fixe, reste le premier partenaire. L’entente entre les présidents Ben Ali et Chirac, puis Sarkozy, n’est pas étrangère au climat de confiance qui règne désormais entre Paris et Tunis. L’Italie de Silvio Berlusconi est un autre allié de poids. Et les États-Unis, avec lesquels Bourguiba avait tissé des liens étroits pour éviter un face-à-face par trop déséquilibré avec la France, comptent toujours parmi les partenaires stratégiques de la Tunisie. Le partenariat sécuritaire a d’ailleurs été renforcé après les attentats du 11 septembre 2001 et la prise de conscience, par Washington, du risque terroriste islamiste. Le dialogue politique, lui, a connu quelques ratés, les autorités tunisiennes n’ayant que modérément apprécié les appels du département d’État américain à plus de démocratisation…

Une position médiane au sein du Maghreb

Soutien indéfectible de la cause palestinienne – Tunis a abrité le quartier général de l’OLP entre 1982 et 1995 –, la Tunisie rêve d’être l’aiguillon de l’intégration maghrébine. Un rêve jusqu’à présent contrarié par le différend maroco-algérien autour du Sahara occidental. Sur le plan bilatéral, Tunis entretient d’excellentes relations avec l’Algérie du président Bouteflika et la Libye de Mouammar Kadhafi. La réconciliation – dès 1988-1989 – avec le remuant voisin de l’Est est à mettre au crédit de Zine el-Abidine Ben Ali. Tripoli est désormais un partenaire essentiel. Plus d’un million et demi de Libyens passent chaque année leurs vacances en Tunisie, et, contrairement aux autres ressortissants étrangers, les Tunisiens qui se rendent ou vivent en Libye sont exemptés d’un certain nombre de pénibles formalités.