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Le boom de la presse arabophone

Terrorisme, religion, scandales, mais aussi infos de proximité et faits divers… Telle est la recette du succès foudroyant des journaux d’expression arabe. Enquête.

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Mis à jour le 28 septembre 2009 à 18:22

L’Algérie est de moins en moins francophone. Plus de 75 % des 2,4 millions de quotidiens imprimés sont rédigés dans la langue du Coran. Avec ses 800 000 exemplaires, Echourouk est même devenu le premier tirage du monde arabe. Ce quotidien, qui avait entamé sa jeune carrière en investissant le créneau people et faits divers, est aujourd’hui le seul titre de la presse privée à s’afficher sur les panneaux publicitaires des stades de foot de l’Algérie profonde, ou à sponsoriser des événements culturels d’importance. La presse arabophone privilégie l’info de proximité par rapport à l’analyse. Ce qui explique son succès auprès d’un lectorat populaire. L’augmentation exponentielle du tirage d’Echourouk a coïncidé avec une évolution, au milieu des années 1990, de sa ligne éditoriale : moins de « chiens écrasés », plus d’informations sécuritaires. La recette fait mouche et séduit des lecteurs peu portés sur les réflexions du plus brillant universitaire, créneau habituel de la presse francophone. Mais le recul de cette dernière n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde. De par leur formation et les sources qui les alimentent, les journalistes de la presse arabophone sont plus proches des milieux conservateurs. Et s’engouffrent parfois dans des combats d’arrière-garde, voire dans le sensationnalisme : en disant de la Kabylie qu’elle est en voie d’évangélisation massive après quelques conversions ; en montant en épingle un fantomatique péril chiite ; ou en agitant le spectre, aussi vieux que le parti unique, du hizb frança (le parti de la France) dès qu’il est question de moderniser le pays et ses institutions. En Algérie comme ailleurs, les titres populaires à grand tirage ne s’embarrassent pas toujours de scrupules.