Culture

Heurs et malheurs des créateurs

Qu’ils soient musicaux, écrits ou plastiques, les arts congolais sont, sinon en panne d’inspiration, en tout cas en perte de vitesse. Un recul qui souligne l’urgence de la mise en œuvre d’une véritable politique culturelle.

Mis à jour le 29 septembre 2009 à 11:38

Si l’on en croit Jean-Claude Gakosso, le ministre congolais de la Culture et des Arts, « la culture se porte plutôt bien, elle a bénéficié ces dernières années d’investissements considérables ». Pour illustrer son propos, il souligne que son ministère est mieux loti que beaucoup d’autres. La preuve, précise-t-il : le budget d’investissement, qui était à sa nomination, en 2002, de l’ordre de 750 millions de F CFA (1,1 million d’euros), s’établit aujourd’hui à 4 milliards de F CFA (plus de 6 millions d’euros). Mais pour quels résultats ?

Sur le plan musical, depuis 1990, on constate un foisonnement de ­groupes dans la galaxie d’Extra Musica. Or Extra Musica, l’ensemble le plus en vue du Congo-Brazzaville, n’est que le prolongement d’un phénomène né à Kinshasa, incarné depuis plus de dix ans par Wenge Musica, et qui a éclaté en plusieurs tendances… Elle est loin l’époque où les musiciens brazzavillois jouaient différemment de leurs homologues kinois.

Observateur de cette mutation brouilleuse de cartes, Jean-Claude Gakosso reconnaît que « ce qui se passe à Brazzaville est le pendant de ce qui se passe à Kinshasa ». « Nos musiciens n’arrivent plus à faire autre chose que les Kinois. Il n’y a plus, comme hier, de message profond dans cette musique. On assiste à un déferlement de l’indigence et au triomphe de la vulgarité », explique-t-il.

Et le ministre d’ajouter que, « curieusement, le public adore et ne se prive pas de huer ceux qui font de la bonne musique. Comme ce fut le cas avec Manu Dibango au Fespam en 2003 ».

 

En quête de producteurs

Face à ce tarissement de la création, les musiciens vivent dans une indigence sociale et économique. Une situation aggravée par le fait que les quelques producteurs et studios d’enregistrement existants n’ont pas réussi à s’adapter au nouveau contexte international. Pourtant, le pays abrite une manifestation musicale de premier ordre : le Fespam, Festival panafricain de musique, organisé tous les deux ans à Brazza (la 7e édition s’est tenue du 3 au 7 août dernier), qui aurait dû contribuer à l’amélioration de la qualité de la musique congolaise à travers l’émulation.

S’agissant de la littérature, il fut un temps où l’on parlait beaucoup de ce qui s’écrivait sur la rive brazzavilloise du fleuve Congo. Des noms tels que Sony Labou Tansi, Henri Lopes, Sylvain Bemba, Guy Menga, Emmanuel Dongala, Tchicaya U Tam’si, Jean-Baptiste Tati Loutard, parmi les plus connus, ont rayonné au-delà des frontières du pays. Avec cette particularité que leurs œuvres étaient éditées à l’étranger. Cette réalité n’a pas vraiment évolué. Aujourd’hui, l’écrivain congolais à la mode, Alain Mabanckou (voir p. 95), est publié en France.

Il existe néanmoins depuis quatre ans une maison d’édition, Hemar, créée par Mukala Kadima-Nzuji, originaire du Congo-Kinshasa, professeur depuis très longtemps à l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville. Cet éditeur essaie d’assurer la promotion d’une nouvelle génération d’écrivains. Il a notamment publié Henri Djombo, le ministre de l’Économie forestière. Mais les meilleurs auteurs du pays vivent à l’étranger…

Pour sa part, Jean-Claude Gakosso fait remarquer que, « depuis l’avènement des vidéoclubs, les Congolais lisent de moins en moins ». Et quand on lui demande ce que peut faire l’État pour qu’il y ait davantage d’œuvres de qualité, il tranche : « L’écriture est une question d’inspiration. L’État ne peut rien commander en la matière. Son rôle est de créer les conditions en vue de l’épanouissement des écrivains. » Dont acte.

 

L’Etat commande des statues… made in Korea

La peinture reste l’art le plus dynamique au Congo grâce, entre autres facteurs, à l’existence de l’École de Poto-Poto, à la fois lieu de formation, de création, d’émulation et coopérative. Créée en 1951, elle reçoit une allocation annuelle de 20 millions de F CFA (30 500 euros) de l’État. Son siège a été récemment restauré avec l’aide de l’Unesco et d’un mécène local.

Pour promouvoir la culture et les arts, plusieurs projets ont été élaborés par le ministère, parmi lesquels la construction d’une grande bibliothèque nationale et d’une bibliothèque universitaire, ainsi que celle d’un Palais de la culture de style néoclassique, avec des colonnes et des façades triangulaires, qui devra servir de cité du Fespam et de marché international des arts. Sans oublier, dans le nord du pays, la création d’un musée ngala, c’est-à-dire une collection de la culture des « peuples de l’eau », dont le lingala est le trait d’union.

À citer également l’érection de statues pour, précise Jean-Claude Gakosso, « réhabiliter la mémoire des grands hommes qui ont marqué l’histoire nationale, comme Fulbert Youlou [premier président du Congo, de 1959 à 1963, NDLR] et Alphonse Massamba-Débat [président du Congo de 1963 à 1968, NDLR] ». Dommage que les statues aient été commandées à une société nord-coréenne.