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Cet article est issu du dossier «Tunisie, du bon usage de la modernité»

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Société

Génération Ben Ali : entre tendance et conformisme

Dans un salon de thé de la capitale © Ons Abid

Nés dans les années 1980-1990, les 15-29 ans sont tournés vers le monde arabe autant que vers l’Occident. Ouverts aux influences extérieures, en quoi sont-ils si différents de leurs voisins du Maghreb et d’Europe ?

« La jeunesse tunisienne a beaucoup de chance. Avant, nous étions moins protégés et surtout moins libres de nos choix », raconte Khadija, mère de deux jeunes filles âgées de 20 et 26 ans. Les 15-30 ans, qui représentent près d’un tiers de la population tunisienne, n’ont en effet plus grand-chose à voir avec la génération de leurs parents. Ils étudient plus longtemps, sont plus ouverts sur le monde et envisagent le mariage avec plus de liberté dans le choix de leur partenaire.

Sur beaucoup de points, la jeunesse tunisienne ressemble à la jeunesse occidentale et se veut en phase avec son époque. Férus d’Internet et de nouvelles technologies, les jeunes Tunisiens sont accros aux réseaux sociaux, qu’ils utilisent à tout-va. À Hammamet, cet été, des parents se sont même étonnés de voir leurs enfants organiser de grandes soirées Facebook, où des amis virtuels étaient invités à se rencontrer, souvent pour la première fois. Grands consommateurs de télévision, ils sont tout aussi fans des stars américaines que des étoiles montantes de la scène orientale.

Esprit de famille bien ancré

Le samedi soir, on retrouve la jeunesse aisée dans des bars branchés de la capitale. « Garçons et filles se mélangent, on danse toute la nuit, on boit de l’alcool », raconte Hind, 29 ans. Ce soir, elle ira dormir chez une copine… Pas question que ses parents la soupçonnent d’être rentrée tard : « Comme dans beaucoup de pays arabes, on est un peu schizophrènes. Influencés à la fois par l’Orient et par l’Occident, on perd parfois nos repères », avoue-t-elle. Directrice de marketing dans une grande entreprise, Hind a un bon salaire, qu’elle dépense avec ses amies lors de virées shopping. Active, elle vit encore chez ses parents. Une situation de plus en plus courante dans un pays où les jeunes peinent à trouver du travail et où l’âge du mariage ne cesse de reculer. Prendre un appartement en centre-ville ? Elle n’y a jamais songé. « D’abord parce que ça ne se fait pas et, ensuite, pourquoi quitter mes parents, avec qui je m’entends bien, pour aller vivre seule ? »

D’ailleurs, si les jeunes Tunisiens aiment profiter de leur liberté, ils n’en restent pas moins attachés aux traditions et sont souvent sensibles au regard que la société porte sur eux. Rebelles parfois, conformistes le plus souvent, ils accordent à la famille une place centrale. « Nos parents sont le lien avec les traditions, avec nos valeurs. Ils sont le socle de notre identité. Se couper d’eux c’est se couper de la société tout entière », considère Nour du haut de ses 20 ans. « Mes parents sont très ouverts, mais, par exemple, ils ne supporteraient pas que je me marie avec un étranger, et je ne le ferai jamais », avoue Hind. Le mariage, justement, qui occupe les rêves de beaucoup de jeunes Tunisiens. Pas seulement parce qu’ils sont de grands romantiques. Surtout parce qu’ils n’envisagent pas de convoler avant d’avoir trouvé un emploi et de pouvoir assurer leur autonomie financière. Dans un pays où 27 % des jeunes sont victimes du chômage, il devient difficile de se projeter dans l’avenir sans angoisse.

Victimes de la mode

D’autant que la société tunisienne est devenue depuis quelques années une société de consommation, où le matérialisme impose sa loi. « Les jeunes ne pensent qu’à une chose : le confort ! Avoir les derniers habits à la mode, un mobilier tendance pour son appartement, s’acheter une grosse voiture »… Pour Youssef, ce matérialisme est avant tout synonyme de malaise. « Consommer et paraître est une véritable obsession, chez les riches comme chez les pauvres. Du coup, les jeunes sont surendettés. Ils vivent bien en apparence, mais, en fait, complètement au-dessus de leurs moyens. » Une situation qu’il regrette d’autant plus que les valeurs individuelles semblent prendre le pas sur les traditions de solidarité et de partage. « Si les jeunes se replient sur eux-mêmes, c’est d’abord parce que, comme dans beaucoup d’autres pays, ils sont moins politisés et moins engagés dans de grandes causes. Ceux qui ont 20 ans aujourd’hui n’ont jamais connu d’alternance et n’ont pas le sentiment de pouvoir véritablement influer sur l’évolution de leur pays », conclut Yacine.

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