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Informatique : l’Afrique, le nouveau filon mondial

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Informatique : les géants en ordre de bataille

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Mis à jour le 14 octobre 2009 à 13:09

L’énorme besoin d’informatisation des acteurs des télécoms et de la finance, en plein essor sur le continent, conduit les multinationales à mieux se positionner en Afrique afin de se disputer les plus grosses parts d’un marché informatique qui pèsera 4,5 milliards de dollars en 2010.

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Le 24 septembre dernier, l’américain IBM a frappé un grand coup pour relancer la « guerre » en Afrique entre le logiciel libre (bon marché) et celui, plus courant, de constructeur (plus cher). Le groupe informatique a annoncé le lancement d’un « paquet » de logiciels accessibles sur Internet pour le marché africain, « afin d’aider les entreprises à combler le fossé numérique en évitant les logiciels traditionnels ». On y trouve une messagerie électronique, un traitement de texte, un tableur et divers outils de communication. Selon IBM, ces applications utilisent le système d’exploitation Ubuntu de la société sud-africaine Canonical, dérivé du logiciel libre Linux. Le groupe vise notamment les mini-PC à bas prix, ou netbooks, à la popularité croissante, « pour rendre les logiciels accessibles à un nouveau marché de masse sur le continent ». L’offre, alléchante, ne coûtera que 10 dollars par mois et par utilisateur.

L’offensive du géant américain de l’informatique traduit surtout sa volonté de concurrencer directement l’offre payante de son rival Microsoft. Selon le Wall Street Journal, la suite logicielle proposée revient moitié moins cher que celle comparable de Microsoft, qui équipe massivement entreprises et particuliers africains. La riposte d’IBM viserait également « à étouffer le développement de l’offre concurrentielle de logiciels libres ou bien à contrecarrer un désintérêt général progressif pour les logiciels propriétaires », analyse un spécialiste. Mais l’Afrique n’en est pas encore là. Une majorité d’utilisateurs, entreprises et particuliers, emploie toujours les logiciels traditionnels des constructeurs, au détriment des logiciels libres. Même si, par choix technologique ou par nécessité d’économie, des administrations centrales africaines ou de grands organismes privés se sont orientés depuis plusieurs années vers les logiciels libres. Cette concurrence reste néanmoins limitée en raison d’une pénurie de compétences et de profils techniques spécifiques. « Contré par des solutions plus matures, le “libre” est en perte de vitesse », renchérit Denis Gadonnet, directeur commercial pour l’Afrique d’IronPort, filiale du leader mondial des équipements de réseaux Cisco Systems

Télécoms et banques voraces en informatique

En attendant la nouvelle bataille qui s’annonce, une autre se poursuit. Celle tout aussi stratégique qui consiste pour les grands groupes à redéfinir leur organisation pour mieux aborder ou se positionner sur le marché africain. Ils manifestent en effet un net regain d’intérêt pour un continent qui constitue un relais de croissance important grâce à l’implantation ou à l’émergence de puissants groupes bancaires et de télécommunications, voraces en équipements et en solutions informatiques. Sans compter l’augmentation des besoins des services publics. Du coup, les géants du secteur abandonnent en général leur ancien modèle géographique consistant à rattacher leurs activités africaines à un management européen chargé de la zone EMEA (Europe, Middle East and Africa), plus large. « Ce découpage, caduc, n’a jamais été pertinent car les dynamiques de ces divers marchés n’étaient pas homogènes », souligne Pierre Diouf, directeur technique de Cisco pour l’Afrique subsaharienne. Le groupe, à l’instar de ses homologues mondiaux, adopte désormais une approche dénommée emerging market (« marché émergent » ).

Ce nouveau découpage regroupe des marchés plus homogènes tels que l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine, l’Europe de l’Est et la Russie. Mais chacun a sa propre stratégie. Pour s’enraciner en Afrique, Cisco fixe ses critères de choix en fonction du potentiel et du niveau de maturité de chaque pays. L’Afrique du Sud, le Sénégal et le Kenya servent ainsi de hubs régionaux pour respectivement l’Afrique australe, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est. Le groupe dispose aussi de bureaux au Cameroun, en Angola… et au Maghreb. Cisco opte même pour une stratégie verticale. « Nous séparons le pilotage des opérations par segments de marché, celui des télécommunications et celui de la finance par exemple », révèle Pierre Diouf. De son côté, IBM a une organisation géographique plus complexe. Le groupe gère l’Afrique subsaharienne depuis l’Afrique du Sud, l’Afrique du Nord depuis Dubaï, ces deux entités reportant leurs affaires au « hub » de Shanghai, en Chine, chargé de couvrir l’ensemble des pays émergents. Quant à Sage, le numéro 3 mondial de l’informatique de gestion, il a créé en 2007 une filiale au Maroc, qui gère tout le Maghreb. Mais la couverture de l’Afrique francophone subsaharienne s’effectue toujours depuis la France. « On n’exclut pas de créer deux hubs régionaux en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale », précise Fabien Poggi, directeur export de Sage France. Lexmark, spécialiste mondial de l’impression, joue davantage la proximité. « Nous avons créé en 2008 notre filiale au Maroc pour couvrir, hormis l’Algérie, l’ensemble de nos activités africaines », explique Daniel Vionnet, DG de Lexmark Africa.

La dynamique africaine pousse également les grands groupes à reconsidérer leur plan de distribution sur le continent. Pour s’y renforcer, Hewlett-Packard (HP) a entrepris une vaste expansion géographique en multipliant les filiales et les bureaux régionaux. En outre, il s’offre une large couverture commerciale en s’appuyant sur un maillage de 14 000 partenaires distributeurs, appelée à s’élargir davantage pour accompagner sa croissance. « Nous enregistrons des résultats qui dépassent toutes nos prévisions », reconnaît Rainer Koch, DG de HP Afrique. 

Nouvelle distribution

Depuis le 1er août dernier, Cisco a, de son côté, élaboré une nouvelle stratégie de distribution, appelée paterled, consistant à réorienter vers ses distributeurs locaux tous les comptes clients qu’il traitait en direct. « Les commerciaux de Cisco n’auront plus qu’un rôle de support, excepté pour les grands comptes », précise Zouhir el-Kamel, distributeur de Cisco en Afrique. Le groupe américain – comme IBM, Oracle, HP… – confie également à CFAO Technologie une part de sa distribution. « Nous sommes implantés dans 10 pays et actifs dans 22 », indique-t-on chez CFAO.

EMC, leader mondial du stockage de données, se mobilise aussi. « On a augmenté nos ressources pour couvrir les besoins et accru notre réseau de partenaires pour mieux répondre à la demande », résume Mohamed Amin, son directeur Afrique et Moyen-Orient. Les géants mondiaux se livrent manifestement à une course effrénée à l’enracinement sur le continent, prérequis pour rafler la plus grosse part d’un gâteau africain, nouvel eldorado de l’informatique mondiale.