Politique

Algérie : recherche opposition désespérément

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Mis à jour le 20 octobre 2009 à 12:16

Usés, divisés et coupés de la population, les partis qui refusent tout compromis avec le pouvoir sont en perte de vitesse. À l’exception du PT de Louisa Hanoune.

A l’occasion de son 46e anniversaire, le Front des forces socialistes (FFS, d’Hocine Aït Ahmed), doyen des partis d’opposition en Algérie, a organisé, le 29 septembre, à Tizi-Ouzou, une marche qui a regroupé un millier de sympathisants et de militants (600 selon la police). Le parti né en 1963 les armes à la main pour résister au pouvoir en place n’est plus capable de mobiliser les foules. Illustration de la perte d’influence du FFS : en juin 2001, des événements dramatiques secouent la Kabylie, fief électoral du parti. Répondant à l’appel lancé par Hocine Aït Ahmed depuis son exil volontaire en Suisse, plus d’un million de manifestants défilent à Alger. Aujourd’hui, une telle mobilisation relève de la gageure, car le combat que mène le parti, à armes inégales, contre le système depuis sa création l’a laminé. Vieillissant, son encadrement est usé par l’accumulation des échecs électoraux ou la répétition des boycotts, qui le privent d’une participation à la vie institutionnelle. En outre, de graves problèmes de gouvernance minent le fonctionnement du FFS. Incarnation du parti, Hocine Aït Ahmed refuse de retourner dans son pays et de passer la main. Conscient de la difficulté de gérer sa formation depuis les rives du lac Léman, il délègue. Mais à sa manière : un secrétariat national intérimaire avec un mandat de deux ans renouvelable une seule fois. 

Autoritarisme

Cette curieuse gouvernance a instauré un climat malsain, entretenu un malaise permanent, contrarié de nombreuses ambitions et créé des clivages générationnels au sein du FFS. Mais nul ne pourra reprocher au parti d’Hocine Aït Ahmed un manque de constance ou de cohérence. Son refus de tout compromis avec le pouvoir n’est pas perçu comme une sorte de rigidité politique. En revanche, ses tentatives d’internationaliser la crise algérienne des années 1990 ont fini par faire oublier le passé nationaliste de son fondateur. Les déclarations d’Hocine Aït Ahmed en faveur de sanctions économiques contre l’Algérie au lendemain de l’interruption du processus électoral, en janvier 1992, entraînant un embargo sur les ventes d’armes alors que l’armée algérienne faisait face à une insurrection islamiste particulièrement barbare, sont restées dans la mémoire collective.

Autre grande formation de l’opposition à se trouver en mauvaise posture : le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, de Saïd Sadi). Frère jumeau du FFS, car chassant sur les mêmes terres électorales, né dans la foulée de l’ouverture du champ politique, en février 1989, après quatre décennies de parti unique, le RCD a longtemps incarné un contrepoids laïc et moderniste aux forces conservatrices en phase avec le pouvoir. Mais au fil des élections l’espoir s’est émoussé. Des quinze membres fondateurs, il n’en reste plus qu’un à la barre : Saïd Sadi, son président depuis plus de vingt ans. Ses quatorze compagnons d’origine ont connu des fortunes diverses. Les plus connus ? Mokrane Aït Larbi, talentueux orateur, est revenu à ses premières amours, le barreau. Khalida Messaoudi, grande figure du mouvement féministe, ancienne présidente du groupe parlementaire du RCD, est ministre de la Culture depuis plus d’une décennie. En 2001, elle avait refusé de se plier à la décision du parti de se retirer de la coalition gouvernementale. Amara Benyounes a fait partie du staff de campagne du candidat Abdelaziz Bouteflika en 2004 et en 2009. Mustapha Bacha, éminence grise du groupe durant les années de plomb (du temps du FLN parti unique), a été emporté par une crise cardiaque au milieu des années 1990. Djamel Ferdjallah, après avoir longtemps hésité, a fini par claquer la porte du parti au début de 2009. En cause, l’autoritarisme de Saïd Sadi et le centralisme démocratique, érigé en mode de fonctionnement du RCD. 

Hémorragie

Depuis, l’hémorragie a gagné l’encadrement, puis a fini par atteindre la base. Les élus démissionnent les uns après les autres. Une véritable descente aux enfers. Quelques mois après sa naissance, le RCD avait mené la bataille des élections municipales de juin 1990. Avec près de 9 % des suffrages au niveau national et plusieurs centaines d’élus locaux, il était devenu la quatrième force politique du pays. Une guerre civile et quinze ans plus tard, son poids électoral est retombé à moins de 2 %. Pis : ses électeurs sont concentrés dans la seule Kabylie. Seul un député du Grand Sud, en pays touareg, donne encore l’illusion d’une implantation nationale. Saïd Sadi a péniblement atteint 1 % des suffrages lors de la présidentielle d’avril 2004. Trois ans plus tard, sa participation aux législatives ne fut pas plus glorieuse et ses dix-neuf députés (sur 389) n’ont guère pesé quand ils se sont opposés, en novembre 2008, à la révision de la Constitution qui allait permettre à Abdelaziz Bouteflika de briguer un troisième mandat.

L’opposition en Algérie ne se limite pas aux deux « grands partis kabyles ». À l’exception du Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune, les formations de gauche qui refusent le jeu institutionnel ne sont pas mieux loties. Longtemps partenaires du système, les communistes ont connu de nombreux remous. Les héritiers du Parti communiste algérien (PCA) ont créé, en 1967, le Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS), qui a apporté sa caution au pouvoir militaire de Houari Boumédiène. En 1999, ils organisent un congrès d’étape et adoptent un nouveau nom : le Mouvement de la démocratie sociale (MDS). D’un « soutien critique » au pouvoir, ils passent à une opposition systématique. À leurs yeux, le régime est coupable de laxisme, voire de complicité, avec les fondamentalistes religieux. Englués dans des débats stériles, coupés du mouvement ouvrier et paysan (totalement récupéré par le pouvoir), les communistes se déchirent depuis la disparition de leur leader, le charismatique Hachemi Cherif, cinéaste et polémiste de talent, mort le 2 août 2005. Boycottant toutes les consultations électorales depuis l’indépendance, ils sont complètement absents de la vie publique.

Restent les islamistes. Si l’on excepte les radicaux, qui ont opté pour la lutte armée et que l’on retrouve dans les maquis, l’opposition islamiste en Algérie se réduit à deux petites formations, Ennahda et El-Islah, qui, à elles deux, ne disposent même pas de groupe parlementaire, faute d’un nombre suffisant de députés. Leur unique atout : l’agrément de l’administration. En somme, la légalité comme seule preuve d’existence. Ils tentent d’en tirer le maximum en participant aux élections présidentielles, qui leur offrent une visibilité et la possibilité de toucher les subventions versées par l’État. Ainsi va l’opposition en Algérie, les uns agissent sans exister pendant que les autres existent sans agir.