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Cet article est issu du dossier «RD Congo: Désirs d'avenir»

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Politique

Kabila : objectif 2011

| Par Jeune Afrique
Le président Joseph Kabila Kabange

Le président Joseph Kabila Kabange © Reuters

À mi-parcours de son mandat et malgré les critiques, le chef de l’État reste le seul maître à bord. Il semble parti pour faire la course en tête lors de la prochaine élection présidentielle.

À première vue, le président Joseph Kabila dispose d’un boulevard parfaitement dégagé pour le conduire à l’élection présidentielle de 2011. L’homme de la transition, arrivé au pouvoir presque par accident après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier 2001, ne fait plus l’objet d’un procès en légitimité. Ou, tout du moins, plus avec la même intensité. Sa victoire à la présidentielle d’octobre 2006 – bien que toujours contestée par l’opposition et traduisant une inquiétante fracture Est-Ouest – est un acquis sur lequel il peut s’appuyer pour gouverner, fixer les orientations du pays et déployer « sa » politique afin de réaliser « sa » priorité : les « cinq chantiers ». Infrastructures de transport, santé et éducation, logement, emploi, eau et électricité (voir pp. 102-103) : tels sont les défis d’un quinquennat placé sous le signe de la reconstruction d’un État en déliquescence après de longues années de guerre et de destructions.

Après avoir été pendant cinq ans le plus jeune chef d’État au monde, surnommé le « petit » par quelques-uns de ses homologues, jugé en « apprentissage » par certains de ses proches collaborateurs et placé sous surveillance par la communauté internationale, qui lui a apporté assistance et conseils, le « nouveau Joseph » s’est émancipé et s’est débarrassé d’encombrantes tutelles. « Introverti, secret », il l’est toujours. Mais « patron », il l’est devenu. Mieux, l’opposition est réduite à la portion congrue. Peu visible, en ordre dispersé, elle n’a plus de chef charismatique à demeure.

Le challengeur de 2006, Jean-Pierre Bemba, poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI), voit son avenir politique en pointillés. Toujours placé en détention à La Haye, aux Pays-Bas, dans l’attente de son procès en sa qualité de « chef militaire » pour les exactions de ses troupes entre octobre 2002 et mars 2003 en Centrafrique, le leader du Mouvement de libération du Congo (MLC) est surtout à la recherche d’un point de chute. Parmi les pays qui pourraient l’accueillir en cas de liberté provisoire : la Belgique, la France, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne, l’Afrique du Sud. « Bemba reviendra en RD Congo et sera notre candidat en 2011. S’il ne peut l’être, ce qui est très improbable, il choisira notre représentant. Selon toute logique, ce pourrait être alors le secrétaire général du parti, François Muamba. Mais si François décide d’y aller de son propre chef, nous ne le tolérerons pas », explique Fidèle Babala, l’un des leaders du parti, considéré comme la courroie de transmission entre la cellule de La Haye et Kinshasa. « Mais le MLC ne peut pas se passer de Bemba », reconnaît Babala.

Batailles de succession

Autre formation de l’opposition quelque peu orpheline, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). C’est depuis Bruxelles, où il vit depuis 2007, que le vieillissant Étienne Tshisekedi (77 ans) est sorti, en septembre dernier, du long silence dans lequel il était plongé depuis 2006. « Je confirme bien que l’UDPS sera aux élections de 2011 », a-t-il promis sur Radio Okapi. Le Sphinx de Limete – en référence au nom de son quartier de résidence, à Kin­shasa – a en revanche admis que son retour au pays « n’est pas encore à l’ordre du jour ». Sur fond de divisions internes et de batailles engagées entre ses lieutenants pour sa succession, on a fait mieux en termes de mobilisation moins de deux ans avant un rendez-vous électoral majeur.

« Depuis son boycott du processus électoral en 2006, l’UDPS n’arrive pas à rebondir, tranche un observateur averti de la vie politique congolaise. Les responsables restés à Kinshasa passent leur temps à se chamailler et multiplient les déclarations à l’emporte-pièce. Quant au MLC, tant que Bemba sera retenu à l’étranger, rien ne bougera. En attendant, à l’Assemblée nationale, les députés de l’opposition ne jouent pas leur rôle. Ils n’ont qu’une seule ambition : finir ministre ou entrer dans un cabinet. La majorité en profite et donne l’impression de tout vouloir rafler, surtout depuis la démission forcée du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, en mars dernier. En fait, toute la classe politique est à refonder car, à ce jour, elle est essentiellement composée d’anciens mobutistes et d’ex-dirigeants de groupes armés », conclut-il.

La formation politique du président Kabila, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), et ses alliés – l’Union des démocrates mobutistes (Udemo) de Nzanga Mobutu et le Parti lumumbiste unifié (Palu) du Premier ministre, Adolphe Muzito – ont, quoi qu’il en soit, les coudées franches pour gouverner en toute sérénité. À ceci près que cette alliance nouée à la veille du second tour de la présidentielle de 2006 est aussi tempétueuse que sont vertigineux les rapides du fleuve Congo. Et, à certains égards, ce mariage de circonstance relève même de la faute originelle. Le poste de Premier ministre promis dans l’accord au « vieux » Antoine Gizenga a été transmis, en septembre 2008, à son lieutenant, Adolphe Muzito. Plus jeune (52 ans), haut fonctionnaire de carrière, homme de consensus, Muzito devait insuffler le dynamisme nécessaire qui manquait au fondateur du Palu. Pari gagné ?

Eviter un désaveu

« Il faut régénérer cette coalition qui n’arrive pas à donner les signes du changement à la population. Les carences du Palu sont évidentes, mais le PPRD ne peut pas gouverner seul. Il faut donc tout remettre sur la table », avertit un proche de Joseph Kabila.

En juin dernier, un député de l’opposition a déposé une motion de censure contre Muzito sur le bureau de l’Assemblée nationale. Mais si l’on a conscience des limites de l’attelage du côté de la présidence, tout est fait pour éviter un désaveu sanctionné par les représentants du peuple. Un compromis négocié discrètement semble privilégié. L’équation est connue. Toutefois, elle relève de la quadrature du cercle : consolider une majorité, trouver les compétences et respecter les équilibres géographiques.

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