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Cet article est issu du dossier «RD Congo: Désirs d'avenir»

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Distribution : guerre des enseignes

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Dans l'un des supermarchés de la Gombe

Dans l'un des supermarchés de la Gombe © Muriel Devey pour J.A

Boutiques ou grandes surfaces, nouvelle répartition géographique, nouveaux créneaux de consommation… Les modes de vie changent et les plats cuisinés à emporter font fureur.

A la tombée de la nuit, il devient difficile de garer sa voiture devant les supermarchés de La Gombe, une commune huppée de la capitale congolaise. Sur le boulevard du 30-Juin, les abords des grandes surfaces sont envahis par de rutilants 4×4, dans lesquels s’engouffrent à la hâte leurs conducteurs, une fois leurs emplettes terminées. Au grand bonheur des autres clients, qui peuvent ainsi prendre leurs places.

Depuis plusieurs années, Kinshasa a vu fleurir une flopée de supermarchés et de supérettes, comme autant de nouveaux temples de la distribution. Une éclosion liée à la présence d’une classe moyenne kinoise et d’expatriés, notamment ceux de la Mission de l’Organisation des Nations unies en RD Congo (Monuc), qui disposent de revenus assez importants. Sans compter les Congolais aisés, de passage dans la capitale, devenus accros à ce type de magasin, ouvert 7 jours sur 7 et tard le soir.

Bien que la plupart des supermarchés soient concentrés à La Gombe, leur clientèle vient de toute la ville. Et pour cause. C’est dans cette commune très fréquentée dans la journée que sont localisés, les sièges des grandes entreprises, des ambassades, des ONG, de la Monuc et des administrations. Au sortir du bureau, un petit tour au supermarché du coin et, hop, on regagne son quartier, plus ou moins éloigné du centre-ville.

Entre Munuprix et Peloustore

Au fil des ans, le secteur a connu des mutations. Exit la plupart des anciennes enseignes. Place à de nouveaux acteurs, alléchés par un marché en expansion, et à de nouveaux concepts. Aujourd’hui, quelques enseignes dominent, dont la majorité appartient à des étrangers. Parmi les vétérans, qui ont résisté aux assauts du temps, figure Hasson et Frère, fondé par une famille israélite, établie en RD Congo depuis les années 1930. L’entreprise compte dix-sept points de vente à Kinshasa, dont deux supermarchés, le plus connu étant celui de La Gombe. L’autre vétéran est Alimentation Express, enseigne d’une famille portugaise, installée de longue date dans le pays.

À partir du milieu des années 1990, les Libanais et les Indo-Pakistanais ont investi le secteur. Créé en 1995, City Market, situé dans le cœur du quartier commerçant de La Gombe, est l’affaire d’une famille libanaise, arrivée en RD Congo en 1986. Né en 2008, Regal appartient à Gay Impex, une société fondée par des Indiens, venus en RD Congo en 1993, qui ont d’abord opéré dans le commerce général. D’autres Libanais et Indiens ont ouvert des supérettes, comme Alimentation Cristal, Munuprix ou Bam, toujours à La Gombe.

Les Congolais ne sont pas restés en marge du mouvement. Après Netty’s, un magasin d’alimentation créé en 1992 dans la concession d’Utexafrica à Kintambo, la famille Ndombasi a ouvert, en 1997, un supermarché Carrefour à La Gombe, devenu Peloustore en 2003, et une supérette du même nom dans la commune de Limete en 2008. D’autres Congolais, issus notamment de la diaspora, ont emboîté le pas, en créant, dans des quartiers plus populaires, des supérettes, aux chiffres d’affaires plus limités et à la clientèle essentiellement locale. Les plus connues sont La Casa à Lingwala, Food Market à Kintambo ou Kin Alimentaire à Limete. Dans le paysage commercial de la ville, se sont ajoutés les duty free, de féroces concurrents, avec leurs prix imbattables.

Nouvelle gamme de produits

La mutation qu’a connue le secteur a aussi touché les types de marchandises distribuées, dont la gamme est devenue plus variée. Ainsi, outre la vente de produits alimentaires, cosmétiques, d’entretien et de quincaillerie, ces supermarchés disposent de rayons fruits et légumes frais, fromage, viande, poisson et charcuterie et d’une boulangerie-pâtisserie. Lancés par Peloustore, les plats cuisinés à emporter ont fait fureur, au point que quasiment tous ses confrères ont adopté la formule. « Ce sont les prix prohibitifs des restaurants de La Gombe et les changements des modes de vie qui ont amené à faire du take away. Il y a de plus en plus de cadres célibataires qui n’ont pas le temps de faire la cuisine », explique un commerçant. La vaisselle, l’électroménager, les meubles, la literie, les chaussures et les vêtements ont également fait leur entrée dans certains magasins.

Si les produits frais sont plutôt locaux, la plupart des articles viennent de l’étranger, achetés via les importateurs congolais comme Congo Futur, Orgaman ou Beltexco, ou commandés directement aux fournisseurs. Pas d’exclusivité dans les origines. « Nous achetons en France, en Afrique du Sud, en Italie, en Chine ou ailleurs, selon les cas », explique un gérant. Ce qui distingue les supermarchés entre eux, c’est donc davantage la diversité des produits offerts, les exclusivités sur certaines marques, que certains ont réussi à décrocher, ou la vente d’alcools, interdite dans les supermarchés tenus par des musulmans.

Esprit d’innovation

Autre évolution, avec l’apparition de shopping centers. Si Peloustore confectionne lui-même ses plats cuisinés, son pain et sa pâtisserie, d’autres, en revanche, ont ouvert des cafétérias, comme City Market et Alimentation Express, ou réservé des emplacements à d’autres commerces. Celui qui a le plus innové en la matière est Hasson et Frère, qui a loué, dans son supermarché de La Gombe, divers espaces, dont un à Café Mozart, l’occasion pour ce lieu, à la fois salon de thé et centre de formation, et tenu par des sœurs salésiennes, de placer ses produits et ses stagiaires. Un ascenseur tout en verre conduit à un étage qui abrite des boutiques, un restaurant, un coiffeur et un café.

Hasson innovera, en novembre prochain, avec l’ouverture d’un grand mall, à Limete. Logé dans une vaste concession, le premier véritable grand centre commercial de Kinshasa comptera un supermarché, des boutiques, des banques, un service DHL, quatre restaurants, une station-service et un parking. Prochainement, Peloustore s’implantera aussi à Binza UPN, Regal à la Cité, tandis que le groupe Ledya ouvrira Maxi Food à La Gombe.

Les villes de l’intérieur n’échappent pas à la vague. Lubumbashi a déjà ses supermarchés Hyper Psaro et Megastore. Quant à Matadi, où se trouve déjà Regal, il verra s’implanter un Peloustore. Consommez, consommez, il y aura toujours un endroit où acheter.

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