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Cet article est issu du dossier «Telecoms : agitation sur toutes les lignes»

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Un appétit sans fin des Etats

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Le Ghana fait pression sur Vodafone pour renégocier le prix de cession de Ghana Telecom

Le Ghana fait pression sur Vodafone pour renégocier le prix de cession de Ghana Telecom © Alamy/Photo12

En accordant de nouvelles licences, en renégociant les plus anciennes ou en privatisant les opérateurs, les États continuent à s’octroyer de confortables revenus.

Le 16 octobre dernier, un comité interministériel ghanéen a annoncé son intention de renégocier l’acquisition de 70 % de Ghana Telecom par le britannique Vodafone. Pour les autorités du pays, le montant de 900 millions de dollars versé en août dernier pour ce rachat par Vodafone « n’est pas suffisant ».

À l’image du Ghana, la manne financière issue des télécoms est importante et surtout inespérée pour des États africains aux budgets fragiles. Ces derniers essaient ainsi de tirer parti au maximum de la privatisation des opérateurs publics ou des attributions de licences de téléphonie mobile. Du coup, les prix des « sésames téléphoniques » ont, jusqu’en 2008, littéralement explosé, au point d’atteindre des niveaux records. Au nord du continent, le saoudien Etisalat s’est engagé en 2006 à payer… 2,9 milliards de dollars pour une licence égyptienne ! Au sud du Sahara, la frénésie a certes été moindre, mais les prix ont parfois flambé. Ainsi, l’opérateur d’origine soudanaise Sudatel acceptait, fin 2007, de payer 200 millions de dollars pour une licence globale au Sénégal. « Le niveau atteint par certaines licences a aiguisé les appétits », souligne un avocat. Plusieurs États se sont donc lancés dans des renégociations portant sur les plus anciennes licences. « Cela tient aux circonstances dans lesquelles elles ont été accordées, explique Devine Kofiloto, consultant senior chez Teleplan Consulting. Lorsque toutes les parties ne parviennent pas à passer par un processus transparent pour l’octroi d’une licence, il n’est pas étonnant que le sujet revienne à la surface quelques années plus tard. » C’est ce qui est advenu notamment aux opérateurs MTN et Moov au Bénin. Leurs services avaient été suspendus mi-2007 avant qu’ils ne concèdent des efforts financiers conséquents. C’est également l’enjeu qui subsiste aujourd’hui entre l’opérateur Tigo et l’État sénégalais, qui entendait comme prévu renégocier avec Tigo au moment même de l’attribution de la licence à Sudatel. Comme l’octroi de licences, les privatisations d’opérateurs publics peuvent rapporter gros. 

Jackpot pour les budgets

Les caisses de l’État malien se sont récemment remplies de 275 millions d’euros lors de la cession de 51 % du capital de la Sotelma à Maroc Telecom. Et, en 2006, la Tunisie avait vendu 35 % de Tunisie Telecom pour 2,25 milliards de dollars. Les États qui sont restés actionnaires minoritaires dans les opérateurs publics bénéficient de surcroît du versement de dividendes confortables liés à des activités extrêmement rentables. Enfin, les taxes prélevées par l’État sur les appels mais aussi sur les bénéfices des opérateurs alimentent généreusement les budgets nationaux. Selon une étude du cabinet d’audit et de conseil Deloitte, citée par Devine Kofiloto et portant sur 35 pays africains, « 17,40 euros finissent dans les caisses de l’État sur 100 dépensés par le client ». Le secteur de la téléphonie mobile ne bénéficie pas, en effet, des exemptions massives dont jouissent les opérateurs miniers ou pétroliers pendant leurs premières années d’activité. Il reste, à plus d’un titre, un gros pourvoyeur de deniers publics.

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