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Tunisie, (r)évolution verte

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Oléiculture : l’adieu au vrac

Mis à jour le 17 novembre 2009 à 16:03

Véritable fierté nationale, l’huile d’olive est sur la sellette. Pour gagner ses lettres de noblesse, elle doit prouver sa qualité. Et s’exporter conditionnée.

Deux sujets peuvent fâcher les Tunisiens, le football et l’huile d’olive. Deuxième producteur mondial d’huile d’olive après l’Union européenne, la Tunisie est aujourd’hui confrontée à une concurrence acharnée. La crise mondiale et la montée en puissance de la concurrence ont fait chuter le prix moyen du kilo de 4,3 DT (2,15 euros) en 2007 à 3,4 DT en 2009. L’offre internationale s’est élargie avec l’arrivée de nouveaux producteurs, comme l’Australie, la Chine, la Syrie. De leur côté, le Maroc et la Turquie développent leur offre à l’export en mettant en avant le terroir et le savoir-faire méditerranéens. À la lumière de ce constat et après les quelques spéculations malheureuses qui suivirent l’excellente récolte de 2006, la filière oléicole tunisienne tout entière s’est remise en question.

Chaque année, le pays produit en moyenne 200 000 tonnes d’huile, dont 80 % pour l’export (l’huile d’olive représentant 44 % des exportations agricoles). La plus grande partie, vendue en vrac, devient une huile de coupe pour ses concurrentes européennes… un marché qui dégage donc peu de marge et n’est absolument pas valorisant pour l’image de l’huile d’olive tunisienne.

Nouveaux marchés

Afin d’en tirer un meilleur bénéfice et de conquérir de nouveaux marchés, il était impératif de valoriser la filière dans son ensemble, avec trois priorités : promouvoir le conditionnement, améliorer la qualité et le faire savoir. En deux ans, les progrès sont réels. L’huile d’olive tunisienne est désormais vendue sur 34 marchés contre seulement 19 il y a cinq ans : l’Italie reste le plus gros client (plus de 49 % du volume exporté), et, parmi les marchés en pleine expansion, se distinguent les pays du Golfe (dont l’Arabie saoudite, la Jordanie et les Émirats arabes unis, qui achètent chacun de 13,5 à 17,5 % du volume exporté), les pays anglo-saxons (notamment les États-Unis, 20,8 %), sans oublier l’Asie. Depuis 2007, la promotion de l’huile d’olive tunisienne incombe au Pacteck, qui est devenu son ambassadeur et présente les productions les plus significatives lors de manifestations agroalimentaires internationales. Pour renforcer la communication, en l’absence d’un label, une marque a même été créée : « 100 % Tunisian ». Mais quelle image véhicule-t-elle vraiment ?… Toujours est-il que, couplée à la création du Fonds de promotion de l’huile d’olive conditionnée (Foprhoc), cette initiative a eu une incidence directe sur les quantités d’huile conditionnée destinées à l’export : pour la première fois, la proportion de production exportée conditionnée s’élève à 4 % en 2009, contre moins de 2 % les saisons précédentes. L’objectif est de passer à au moins 10 % en 2011.

En attendant l’AOC

Reste donc à créer un label qui protège les terroirs. Jusqu’à présent, en dehors du vin, la Tunisie n’a pas d’expérience en matière de labellisation, mais le Centre technique des industries de l’agroalimentaire (CTIA) travaille à établir le cahier des charges d’un label qualité, ainsi que celui d’un label bio. Créer un label et une appellation d’origine contrôlée (AOC) pour l’huile tunisienne est urgent si l’on veut qu’elle acquière un statut à part entière, et qu’elle accède, par la grande porte, à un marché mondial extrêmement porteur, compte tenu de l’engouement pour les produits méditerranéens et les nouvelles tendances dans le domaine de la santé.