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Afrique : Pékin étend sa toile

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« Le mur de Berlin est tombé, les communistes vont arrêter de nous manipuler… »

"Le mur de Berlin est tombé, les communistes vont arrêter de nous manipuler..." © Glez/afronline.org

Prêt de 10 milliards de dollars, ligne de crédits aux PME, exemption de droits de douane… l’insolente Chine donne un coup d’accélérateur sur le continent.

Européens et Américains ont de moins en moins d’arguments pour rivaliser avec les Chinois en Afrique. Jean Ping, le plus chinois des Africains, s’est chargé de leur rappeler, à l’occasion de la quatrième conférence ministérielle du Forum de coopération sino-africaine, tenue à Charm el-Cheikh, en Égypte, les 8 et 9 novembre 2009 : « Les vrais amis se reconnaissent dans l’adversité… En pleine crise financière, les investissements directs chinois ont augmenté de 81 % cette année [552 millions de dollars sur les six premiers mois de l’année 2009, NDLR]. » Né de père chinois et de mère gabonaise, le président de la Commission de l’Union africaine souhaite arrimer le continent à la locomotive asiatique.

L’Afrique est aujourd’hui le troisième partenaire commercial de la Chine. Les échanges ont décuplé en dix ans, dépassant les 132 milliards de dollars.

Pétrole du Soudan et du golfe de Guinée, bois d’Afrique centrale, coton des pays sahéliens… La politique du gouvernement chinois a pour principal objectif de s’assurer les réserves en matières premières pour faire fonctionner sa « grande usine » qui inonde ensuite le monde entier de ses produits. Cela vaut bien quelques cadeaux.

Le Premier ministre, Wen Jiabao, à la tête d’une délégation comprenant les ministres des Affaires étrangères et du Commerce ainsi que plus de 265 hommes d’affaires, a promis quelque 10 milliards de dollars de prêts, une autre ligne de crédit de 1 milliard de dollars pour les PME africaines, la réduction ou l’annulation de la dette de 31 États africains… L’empire du Milieu exemptera également de droits de douane 95 % des produits des pays africains les moins avancés et 60 % dès 2010. Une proposition qui n’est pas sans rappeler l’initiative « Tout sauf les armes » de la Commission européenne autorisant les PMA (pays les moins avancés) à exporter vers la communauté en franchise de droit. C’est là la force des Chinois : supplanter les Occidentaux sur leur terrain. Accusé de piller l’Afrique, Pékin appelle ses entreprises à respecter les règles en vigueur et favorise la constitution de joint-ventures. « Nous encourageons les partenariats public-privé pour pallier l’insuffisance d’infrastructures en Afrique », indique Zhou Chao, directeur du Fonds de développement sino-africain. Et d’encourager les entreprises du pays à s’associer avec les groupes publics africains pour la construction de routes, de chemins de fer et de centrales hydroélectriques. « L’Afrique a été trop longtemps traitée sur des critères faussés… Et maintenant, les Chinois arrivent et disent : vous voulez une voie de chemin de fer ? Nous avons l’argent et la technologie pour ça. Qui refuserait ? » avance Moses Wetangula, le ministre kényan des Affaires étrangères.

Programmes de formation

La Chine prévoit également de construire des zones de coopération économique et commerciale dans plusieurs pays (Zambie, Égypte, Maurice, Nigeria et Éthiopie) pour y implanter ses industries. Des plates-formes qui permettront d’atteindre les marchés nationaux et des pays tiers ayant signé des accords de libre-échange.

Enfin, le Politburo chinois parie sur l’avenir comme l’ont fait avant Français et Américains. À la fin de cette année, 15 000 Africains auront participé à différents programmes de formation organisés par la Chine. « J’ai acheté pour 500 000 euros d’équipements français pour faire fonctionner ma scierie, explique un vieux chef d’entreprise ivoirien. Je n’ai jamais pu obtenir de visa pour envoyer mes employés en formation. Notre génération se tourne encore vers l’Europe car nous y avons fait nos études, mais nos enfants ont aujourd’hui la tête en Asie. » L’Élysée s’interroge actuellement sur le maintien du prochain sommet Afrique-France, officieusement prévu à Charm el-Cheikh (Égypte) en février 2010. Il y a de quoi !

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