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Cet article est issu du dossier «Un milliard d'Africains»

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Société

Gilles Pison : « L’Afrique peut absorber deux fois plus d’habitants »

Ramassage de pommes de terre en Afrique du Sud © Cristiana Quicler

Ce démographe spécialiste de l’Afrique tord le cou au cliché d’un continent surpeuplé à la natalité inquiétante. Selon lui, la transition démographique est en cours.

Jeune Afrique : Faire beaucoup d’enfants, est-ce une bonne ou une mauvaise chose pour l’Afrique ?

Gilles Pison : Il n’y a pas si longtemps, les familles nombreuses étaient la règle partout sur la planète. C’est assez récemment que l’homme s’est mis à limiter volontairement les naissances. Cela a débuté en Europe et en Amérique du Nord, il y a plus d’un siècle, suite à la baisse de la mortalité infantile. Dès lors qu’il n’est plus nécessaire de mettre au monde beaucoup d’enfants pour qu’il en reste, la fécondité diminue. Surtout lorsque les enfants deviennent une charge car il faut les envoyer à l’école, leur assurer leur avenir et une bonne situation. Ces deux mouvements appelés « transition démographique » se sont progressivement diffusés partout, y compris sur le continent et notamment en Afrique du Nord.

Mais pas en Afrique subsaharienne…

En fait, le processus est engagé. Même si les écarts demeurent avec les autres régions du monde, la mortalité a baissé depuis cinquante ans malgré le sida. Pour ce qui est de la fécondité, elle est en moyenne de 5 enfants par femme. C’est beaucoup moins que les 7 enfants d’il y a trente ou quarante ans. Mais il est vrai que l’on ne retrouve pas les baisses rapides constatées en Asie et en Amérique latine dans les années 1970-1980.

Les traditions ont-elles une part de responsabilité ?

Faire beaucoup d’enfants obéit avant tout à ce vieux raisonnement selon lequel ils constituent une force de travail et une assurance pour les vieux jours. Mais cela évolue, c’est très net dans les villes, les milieux instruits et les classes supérieures. Dans les campagnes, c’est plus lent, même si les femmes sont prêtes à utiliser la contraception, dans un premier temps pour espacer les naissances.

Les religions constituent-elles un frein à la baisse des naissances ?

Pas particulièrement. L’expérience des autres parties du monde démontre que cela n’est pas déterminant. Prenez l’Iran, qui a connu une forte baisse de la fécondité dans les années 1980-1990. Idem en Afrique du Nord, où la transition démographique a été rapide. On exagère le rôle des religions. Les imams ne sont pas un obstacle, pas plus, et même finalement plutôt moins que les autorités catholiques, qui ont un problème avec la contraception moderne.

L’Afrique est-elle en mesure d’absorber une population de 1 milliard d’individus, voire de 2 milliards en 2050 ?

En 1950, le continent comptait 220 millions d’habitants. Le milliard d’aujourd’hui vit globalement mieux que ces 220 millions d’hier. Et pour ce qui est des 2 milliards en 2050, je ne pense pas que la menace soit alimentaire. À l’échelle de la planète, nous sommes 7 milliards et nous mangeons mieux qu’il y a deux siècles, lorsque nous n’étions que 1 milliard. L’amélioration est donc réelle. En Afrique, la situation n’est certes pas idyllique mais la proportion de gens qui souffrent de la faim a baissé depuis 1950. Ce défi peut être relevé. Il y a suffisamment de terres pour nourrir tout le monde sur la planète. Quant à l’Afrique, elle devra sans doute continuer à importer une partie de sa nourriture, même si le secteur agricole se développe.

La baisse de la fécondité n’est-elle pas une condition indispensable au développement économique ?

Cette question fait débat. Ces deux phénomènes sont liés et fonctionnent dans les deux sens. Lorsque la santé s’améliore, que la mortalité diminue, et que les femmes sont plus instruites, on en vient à souhaiter moins d’enfants… Dans l’autre sens, la diminution de la fécondité a des effets économiques bénéfiques. On l’a constaté en Asie et en Amérique latine : la proportion de jeunes a baissé et celle des personnes âgées n’a encore guère augmenté. Résultat, les actifs n’ont jamais été aussi nombreux en proportion, et cela explique en partie le boom économique de ces pays.

À quand ce phénomène en Afrique subsaharienne ?

Il a débuté en Afrique du Sud, au Kenya et au Ghana, notamment, et dans la plupart des villes. Le continent n’échappera pas à ce mouvement général. Il n’y a pas d’exception africaine. Dès lors qu’il y aura conjonction entre le souhait des familles d’avoir peu d’enfants et une politique de limitation des naissances bien organisée, les évolutions pourront être rapides.

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