Culture

Cirque : l ‘art de tordre le cou à la bureaucratie

| Par Jeune Afrique
La peur de l’autre est matérialisée par des planches de bois érigées en mur

La peur de l'autre est matérialisée par des planches de bois érigées en mur © Mario Del Curto

Après le succès de Taoub, le Groupe acrobatique de Tanger présente Chouf Ouchouf. Un spectacle original qui jongle avec les maux dont souffre la société marocaine.

À droite de la scène, un fonctionnaire attablé triture une bouteille en plastique. À ses côtés, un acrobate sens dessus dessous. À chaque froissement de la bouteille, il contorsionne toujours un peu plus son corps, pantin désarticulé aux mains d’une administration à la fois inefficace et toute puissante.

Jusqu’à la fin d’août 2010, à travers toute l’Europe, le Groupe acrobatique de Tanger jongle avec les maux qui étouffent la société marocaine (corruption, inefficacité des gouvernants, pauvreté, résignation de la population…) dans Chouf Ouchouf. Un spectacle haut en couleur « à la portée universelle, expliquent les metteurs en scène suisses Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot, et qui explore la difficile question de la rencontre avec le nouveau, l’inconnu, l’étranger ».

Prouesses techniques

Appréhension de l’autre et préjugés sont matérialisés par des planches de bois, tantôt érigées en murs, tantôt transformées en labyrinthes. Mobiles, elles traversent la scène de part et d’autre, dissimulant puis découvrant tour à tour les acrobates dans de nouveaux costumes ou de nouvelles postures. Impossible pour le spectateur d’identifier facilement les personnages et d’en avoir une image toute faite !

Les numéros, qui se situent à mi-chemin entre le cirque et le théâtre, le mime et la danse, ont de quoi séduire. Le rythme, la variété, et l’humour de la mise en scène à laquelle s’ajoutent les prouesses techniques des douze artistes (dix hommes et deux femmes, tous de Tanger) enthousiasment petits et grands. Sanae El Kamouni, qui a fondé le groupe en 2003 après avoir suivi une formation en arts du spectacle en France, a fait appel « aux meilleurs acrobates de la ville ». Et a recruté pour l’occasion trois membres de « la célèbre famille Hammich, grande pourvoyeuse d’acrobates professionnels depuis plusieurs générations ! »

Chouf Ouchouf (« Regarde et regarde encore ! ») est un spectacle d’autant plus remarquable que Tanger manque cruellement d’infrastructures culturelles. Et que les subventions et autres aides sont rares. « Nous avons construit nous-mêmes la scène », s’exclame Martin Zimmermann. Avant de s’enorgueillir de verser aux acrobates marocains les mêmes cachets que ceux des danseurs européens. « Avec cet argent, se réjouit-il, ils peuvent faire vivre toute une famille. »

Présenté à Tanger et à Rabat en septembre dernier, Chouf Ouchouf a ouvert aux acrobates d’autres horizons que celui des hôtels pour touristes, et leur a donné les moyens non seulement de vivre de leur travail, mais aussi de se confronter à d’autres arts de la scène, comme la création théâtrale contemporaine. Sanae El Kamouni espère que le succès de cette aventure saura convaincre les autorités du besoin d’intervenir : « On attend de la nouvelle équipe municipale qu’elle redonne à la culture la place qu’elle mérite à Tanger ! »

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