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Cet article est issu du dossier «Maroc : les nouveaux berbères»

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Politique

Le Who’s Who berbère

La famille Abaâkil

Elle incarne le « capitalisme berbère ». Le patriarche, Abdellah Abaâkil, originaire de Tafraout, commence par constituer un réseau d’épiceries depuis Tanger. En 1956, il en possède près de cent soixante et achète ensuite une minoterie puis une usine de piles. À sa mort, ses deux frères Najem et Houcein prennent la relève : le premier se lance dans l’industrie agroalimentaire et la finance, le second dans la promotion immobilière. Le fils d’Abdellah, Azeddine, est à la tête de Sadet, une entreprise de BTP.

Mahjoubi Aherdane

Il est le plus âgé des dinosaures du « politic park » marocain. À 96 ans – un peu plus ? un peu moins ? lui-même avoue ignorer son âge exact –, Mahjoubi Aherdane vit de sa peinture (qu’il pratique avec talent), de ses souvenirs et toujours un peu de politique. Cela fait un demi-siècle en effet que ce personnage haut en couleur préside le Mouvement populaire (MP), qu’il a cofondé et qui fut l’un des premiers partis du royaume en même temps que le principal vecteur de la sensibilité berbère.

Né à Oulmès, Aherdane fréquente le collège d’Azrou puis l’école militaire de Meknès avant d’être nommé caïd en 1949. Révoqué par les Français, il intègre l’armée de libération, devient après l’indépendance le premier gouverneur de Rabat et occupe différents postes ministériels jusqu’au début des années 1980. Celui qui se proclame « plus monarchiste que le roi », tout en estimant que ce dernier « doit être aussi loyal à l’égard du peuple que le peuple l’est à son endroit » (petites phrases qui lui valurent une traversée du désert sous Hassan II), tente aujourd’hui d’éviter un énième éclatement du MP – dont le secrétaire général, Mohand Laenser, se dit « berbérophone et non berbériste ». Son fils Ouzzin Aherdane est militant de la cause culturelle berbère.

Abdeslam Ahizoune

Le très influent président de Maroc Télécom, la première entreprise du royaume, est originaire du Moyen Atlas. Membre du conseil d’administration de l’Ircam, cet ancien ministre des Postes et Télécommunications est une figure emblématique de « l’élite berbère ». Témoin de son engagement, Maroc Télécom est devenu grâce à lui l’un des principaux annonceurs publicitaires en tamazight.

Aziz Akhannouch

« Il y a beaucoup moins de complexes qu’avant », explique Aziz Akhannouch, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime. Son parcours plaide pour lui. En tant que président de la région Souss-Massa-Draâ, le patron du groupe Akwa contribue largement à la promotion de la culture berbère.

Ce natif de Tafraout, où il est membre du conseil municipal, assure aussi la présidence du festival Timitar d’Agadir, finance divers projets à caractère social, économique et éducatif, et veille à l’épanouissement des jeunes talents amazighs.

Hassan Aourid

À 47 ans, il occupe une place à part dans le monde amazigh. Issu d’une famille modeste du Tafilalet (berceau de la dynastie alaouite), il a été condisciple du futur Mohammed VI au Collège royal. Itinéraire plutôt hétérogène : diplomate, professeur, journaliste, wali… Deux constantes inébranlables : la première est sa proximité avec le Palais.

Porte-parole du roi après son accession au trône, il vient d’être nommé historiographe du royaume. La seconde est une passion pour la cause amazighe. Disciple de Mohamed Chafik, il a consacré à celle-ci sa thèse de doctorat en sciences politiques. Il est également le fondateur du centre Tariq-Ibn-Ziyad, qui a publié de nombreuses études de référence. Hassan Aourid soutient que l’amazighité est « un projet de société ». « On ne naît pas amazigh, on le devient comme on devient marxiste ou islamiste. »

La famille Bensalah

Signataire du Manifeste de l’indépendance en 1944, Abdelkader Bensalah, originaire de Berkane, a créé dès la fin du protectorat un véritable empire économique. Après le départ des Français, il rachète Oulmès (eaux minérales), Orbonor (textile) et Le Comptoir métallurgique. À la mort du patriarche en 1993, le groupe, s’est diversifié dans l’agroalimentaire et la distribution.

À 24 ans, le fils, Mohamed Hassan, reprend les rênes. La sœur, Meriem, se retrouve à la tête de la société Oulmès. En 1998, « Bensalah fils » s’allie au groupe Benjelloun pour lancer la compagnie aérienne Regional Airlines. Mais c’est en 2000 qu’il accomplit un coup de maître en réintroduisant la marque Pepsi dans le royaume.

Hassan Id Belkacem

Discret, l’œil malicieux, Hassan Id Belkacem, originaire du Souss, est le vice-président de l’association Tamaynut (« Nouveauté »). Il est également expert auprès des Nations unies sur les peuples autochtones africains. L’avocat, dont la plaque en tifinagh a été arrachée à l’entrée de son cabinet de l’avenue Abdelkrim-el-Khattabi à Rabat, se veut le défenseur du « droit coutumier » et des « terres collectives » exploitées par les paysans berbères depuis des temps immémoriaux.

Mohamed Chafik

Il a réussi un pari que peu de Marocains ont gagné avant lui. Cet intellectuel, défenseur de la culture amazighe, est toujours parvenu à être à la fois proche du Palais et des militants de base. Chargé de l’éducation au sein du cabinet royal en 1968, directeur du collège royal entre 1976 et 1982, membre de l’Académie royale depuis 1980, il est nommé recteur de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) lors de sa création par Mohammed VI, en 2001. Né en 1926 dans le village d’Aït Sadden, Chafik fera une partie de ses classes au collège d’Azrou, une institution mise en place par le protectorat pour former les élites berbères. Il est entre autres l’auteur de Pensées sous-développées (1972) et du Dictionnaire arabe-amazigh (2000).

Rachid Raha

Difficile d’attraper Rachid Raha au siège du Monde amazigh, le mensuel trilingue (tamazight, arabe, français) qu’il dirige avec sa femme Amina, elle-même membre du conseil d’administration de l’Ircam. Le militant « rebelle », comme il se définit lui-même, quitte régulièrement sa modeste rédaction du quartier de l’Océan à Rabat pour aller porter son message en Espagne, en France ou aux Pays-Bas.

L’homme est radical dans son discours et ses écrits, par lesquels il dénonce « un double mensonge d’État » : « l’identité arabe du Maroc » et la négation de « l’histoire millénaire » des Imazighen. Originaire du Rif, il est également un des principaux acteurs de la procédure judiciaire que plusieurs associations veulent engager contre l’État espagnol pour l’usage de gaz moutarde pendant la guerre du Rif (1921-1926).

Mohammed Sajid

Mohammed Sajid est plutôt discret dans les médias sur la question berbère. Mais le député de la circonscription de Taroudant est très actif sur le terrain. Les populations du Souss lui doivent l’électrification rurale, la construction d’un réseau routier de plus de 500 km et diverses actions sociales. Il est membre de plusieurs associations de développement. Sajid est entré en politique au début des années 1990. Il a été réélu président du Conseil de la commune urbaine de Casablanca en juin 2009. La communauté amazighe de la métropole s’est mobilisée pour lui.

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