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Cet article est issu du dossier «Quand l'Afrique réinvente ses villes»

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Société

Services : pourquoi tant de défaillances ?

| Par Jeune Afrique
A Brazzaville pendant les délestages, on se regroupe sur les espaces publics pour lire

A Brazzaville pendant les délestages, on se regroupe sur les espaces publics pour lire © Baudouin Mouanda

Électricité, eau, assainissement… Le cruel déficit en infrastructures de base empoisonne le quotidien. Il a aussi un impact réel sur l’économie et la santé des habitants.

Abidjanaise de retour d’un voyage à Lagos, Sarah n’en revient toujours pas. Elle a découvert la plus grande ville d’Afrique de l’Ouest, son Third Mainland Bridge – un pont d’une vingtaine de kilomètres de long –, ses villas arrogantes et ses bidonvilles énormes. Mais ce qui l’a le plus impressionnée, c’est l’omniprésence de groupes électrogènes et des grosses bonbonnes d’eau potable, mise à la disposition de tous, comme ailleurs on vend des bouteilles d’eau minérale à une minorité.

À Lagos, les coupures d’électricité sont légion et l’eau du robinet n’est pas buvable. À Dakar, Douala, Libreville et Kinshasa, les habitants fulminent quasi quotidiennement contre les délestages. En Guinée, la qualité exécrable de la fourniture d’électricité a entraîné des manifestations et causé des morts en août dernier. Et on se souvient des grandes pannes qui ont frappé l’industrieuse Afrique du Sud, l’an dernier, mettant en péril les fleurons de son économie.

La défaillance de ces services dits « de base », bien plus que de simples désagréments, a un impact réel sur l’économie des pays. Les chaînes de production s’arrêtent, les établissements financiers reportent leurs transactions, des courts-circuits mettent en péril le matériel des hôpitaux, des petites entreprises, des cybercafés… Le dernier rapport de la zone franc attribue une part de la baisse de l’indice de la production industrielle au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine à un approvisionnement électrique défaillant.

La situation n’a pas le même niveau de gravité dans tous les pays. Elle dépend de la capacité des États à prévoir l’augmentation de la demande (en fonction de la croissance démogra­phique et économique) et à investir.

Des prestations sous-tarifées

« Le marché de l’énergie est capitalistique. Il y a beaucoup d’infrastructures à installer, et il faut lancer les projets bien avant que les besoins se manifestent », explique Amidou Traoré, de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), et « les investissements doivent précéder et conditionner l’installation d’unités industrielles ainsi que la création de nouveaux quartiers », ajoute son collègue Djaha Kouadio. Même causes, même effets, concernant l’approvisionnement en eau et l’assainissement, dont le déficit pose de sévères problèmes sanitaires.

La qualité de l’approvisionnement des villes africaines en eau et en électricité est également fonction de la bonne gestion des entreprises, publiques ou privées, en charge du secteur. Dans de nombreux pays, la sous-tarification des prestations, liée à des considérations politiques et sociales, pèse sur l’équilibre du secteur. En Guinée, où les processus de privatisation ne sont jamais arrivés à leur terme, les observateurs ­déplorent la vétusté des infrastructures, mais également une mauvaise gouvernance généralisée. En Côte d’Ivoire, il n’y a pas de recouvrement des factures dans les zones sous contrôle de l’ex-rébellion des Forces nouvelles depuis sept ans…

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