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Cet article est issu du dossier «Quand l'Afrique réinvente ses villes»

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Société

Ahoua Don Mello : « des villes africaines à repenser »

| Écrit par Ahoua Don Mello

Directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) de Côte d’Ivoire

Les bureaux d’études ont pris leur envol en Afrique à la faveur de la libéralisation des années 1990. Avant cette période, les services techniques de l’État, comme la Direction et contrôle des grands travaux (DCGTx, ancêtre du BNETD), et les experts internationaux avaient le monopole des études et du contrôle des ouvrages.

Aujourd’hui, les prestations sont délivrées essentiellement par les entreprises privées et les consultants indépendants. Ils officient dans des domaines très variés : infrastructures, construction et équipements publics, cartographie et télédétection, développement urbain, développement rural, économique et social, énergie, ingénierie, environnement… Ce marché est très prometteur au regard du niveau de sous-développement actuel et des besoins. La mobilisation des financements est conditionnée à la réalisation d’études aux normes internationales. Et aucun bailleur de fonds, ni aucune banque, ne finance sur parole, mais sur dossier.

Cependant, nos métiers font face à des ­contraintes endogènes comme l’instabilité du personnel, la ­baisse des tarifs de consultation, l’inorganisation de la profession ou l’insuffisance de moyens matériels et financiers. D’autres contraintes exogènes existent. Il est notamment difficile de réunir les documents administratifs et les cautions ­bancaires. Les administrations publiques ­diffèrent régulièrement les paiements des factures. Sans oublier le manque de transparence dans l’attribution de grands marchés publics et la concurrence déloyale des ONG et des associations, qui ne sont pas soumises à la même fiscalité.

 

D’ici à 2030, près de la moitié de la population de l’Afrique subsaharienne francophone sera citadine, contre 40 % actuellement. L’émigration vers les villes de jeunes adultes en quête de meilleures conditions de vie gonflera des métropoles déjà fragilisées car peu préparées à cet afflux de population. Cette surpopulation dans les quartiers précaires, sans aménagement, promet une misère urbaine difficile à gérer.

Cela amène à repenser les fondements des ­modèles de développement ainsi que les politiques d’aménagement des villes. La forte pression démographique sur les milieux urbains s’accompagne de tensions multiformes sur ces espaces que les acteurs locaux n’ont pas les moyens de relever. Il s’agit de l’insalubrité, de l’insécurité grandissante, de la prolifération des bidonvilles, de l’accroissement du chômage, de la paupérisation croissante, du manque d’équipements et de services urbains, de l’insuffisance de logements, de la prépondérance du secteur informel et de l’inadaptation des outils de planification et des pratiques foncières.

Aux indépendances, les États ont lancé des programmes publics de logement de type « logement pour tous ». Mais les logements sociaux, produits en nombre insuffisant ou trop chers, ont surtout profité aux classes à revenus moyens et élevés. Ce qui amène les gens à construire eux-mêmes leur habitat précaire, ainsi qu’à l’essor d’un secteur informel de la petite production immobilière.

 

Toutes ces initiatives se situent, à des degrés divers, en marge de la législation officielle et des règlements d’urbanisme, et donnent lieu à des logements en deçà des normes habituelles de confort. Les habitants des quartiers précaires et des bidonvilles sont confrontés à une exclusion qui ne les incite pas à investir dans l’amélioration de leur habitat, puisqu’ils n’ont aucune garantie de rester sur place. L’absence d’infrastructures et d’équipements de base y induit des conditions de vie difficiles, renforce la pauvreté et le recours à l’économie informelle. Les populations de ces quartiers sont confrontées au chômage, à l’analphabétisme, à la stigmatisation…

Toute solution durable à l’intégration urbaine des « pauvres » passe par une approche intégrée reposant sur une participation active des communautés et des acteurs locaux. Les autorités ­doivent également veiller à l’implantation d’infrastructures (chaussées, électricité, assainissement, transports, gestion des déchets), faciliter la régularisation foncière des occupations, permettre l’application des droits coutumiers et du droit réel au sol, ainsi que développer des pôles urbains dans une logique de partenariat public-privé.

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