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Airbus caracole dans le ciel africain

Kenya Airways et Ethiopian Airlines : les 1ères compagnies africaines à acheter des A380 ? © Reuters

Année exceptionnelle pour l’avionneur en Afrique. Son activité progresse de plus de 50 %. Une façon d’oublier le couac avec l’Afrique du Sud et l’annulation d’une commande de 3 milliards d’euros en novembre.

Ambiance tendue entre EADS, le groupe européen d’aéronautique et de défense, et l’Afrique du Sud. Le 5 novembre dernier, la première puissance économique du continent a annulé sa commande de huit A400M, le nouvel appareil de transport de troupes et d’équipement militaire européen qui effectuera son premier vol entre le 6 et le 13 décembre. Pretoria réclame, de surcroît, le remboursement d’une avance qu’elle évalue entre 250 millions et 300 millions d’euros. L’Afrique du Sud ­motive cette marche arrière par l’envolée de la facture initiale de près de 750 millions d’euros, qui dépasserait aujourd’hui les 3 milliards d’euros. Un porte-parole de la maison mère d’Airbus confirme l’augmentation de l’addition, mais assure qu’elle est de 30 % environ. Et il justifie cette ­hausse par l’accroissement du coût du programme de fabrication de l’A400M, passé de 20 milliards à 27,4 milliards d’euros. L’avionneur fait tout pour préserver ce contrat. Ce dernier prévoyait la fabrication de composants de fuselage de l’A400M par Denel et Aerosud, deux ­entreprises dépendant ­d’Armscor, la société publique ­chargée de la gestion de l’armement en Afrique du Sud. Le 25 novembre, le groupe européen menaçait d’annuler cette production locale. « Si l’Afrique du Sud quitte le programme, il est normal que ces contrats soient retirés à ces entreprises », affirme une source proche du dossier. Cette mesure, si elle est mise en œuvre, pourrait coûter jusqu’à 400 millions d’euros à l’industrie aéronautique sud-africaine.

Gagner de nouveaux marchés

Un conflit qui masque, en fait, les excellentes performances de l’avionneur européen en Afrique. S’il est un continent sur lequel le groupe européen s’en sort plutôt bien par les temps qui courent, c’est ­l’Afrique. « 2009, affirme Hadi Akoum, le vice-président des ventes pour les régions Afrique-Asie et océan Indien, a été une nouvelle année difficile pour l’ensemble de l’industrie avec notamment des difficultés de mise en place de plans de financement pour l’acquisition de nouveaux appareils. Mais, en ­Afrique, elle a été bonne. Les ­problèmes rencontrés sur d’autres marchés ont permis de réduire considérablement les délais de livraison et ainsi de pouvoir gagner de ­nouveaux ­marchés. » Pour l’exercice qui s’achève à la fin de mars 2010, Airbus devrait enregistrer une ­hausse de plus de 50 % de ses activités en ­Afrique.

Des clients ravis à Boeing

De fait, le Salon de l’aéronautique de Dubaï, aux Émirats arabes unis, qui s’est achevé le 19 novembre dernier, a été l’occasion pour le groupe européen de conclure une série de commandes avec des transporteurs africains. Parmi eux, Ethiopian ­Airlines qui, jusque-là, était la chasse gardée du concurrent américain Boeing. La compagnie éthiopienne, qui affiche une santé insolente en dépit d’un contexte général difficile, a passé auprès de l’avionneur européen une commande ferme de douze appareils de type A350-900 XWB, pour un montant de 2,9 milliards de dollars. « Il ne s’agit pas d’un divorce avec notre avionneur traditionnel, explique Girma Wake, le PDG d’Ethiopian ­Airlines. Tous nos choix sont faits en fonction des conditions du marché que nous voulons conquérir. Aujourd’hui, les avions Airbus nous ont semblé les plus à même de répondre aux exigences des destinations (européennes) qu’ils vont ­desservir. »

Mais Ethiopian Airlines n’est pas la seule. La toute nouvelle compagnie sénégalaise, Sénégal Airlines, détenue majoritairement par des opérateurs privés nationaux et dont le démarrage des activités est prévu pour le début de 2010, a, quant à elle, signé avec l’avionneur un protocole d’accord pour l’acquisition de quatre avions de la famille A320 et de deux A330, le tout pour quelque 670 millions de dollars. D’après Karim Wade, ministre sénégalais des Transports aériens, l’efficacité opérationnelle et le confort que ces appareils permettent d’offrir aux passagers ont joué en faveur de la marque européenne. Sami Blidi, le directeur de la planification de Tunisair, qui a passé à la fin de 2008 dix-neuf commandes, dont seize fermes et trois en option, auprès de l’avionneur, complète : « La proximité, les services proposés et surtout les bonnes relations qui existent entre nombre de compagnies africaines et EADS comptent également pour beaucoup. » En Tunisie, par exemple, les commandes de Tunisair, estimées à 2 milliards de dollars, étaient associées à l’annonce de la construction d’une usine de fabrication de pointes d’avion et de composants aéronautiques par la filiale Aerolia d’Airbus. Le chantier du projet, dévoilé à l’occasion de la visite d’État de Nicolas Sarkozy en Tunisie, en avril 2008, démarrera au cours du second semestre de 2010. Mais la production débutera en fait dès janvier prochain dans les sites que possède le groupe dans le pays.

Tractations en cours

D’ici à la fin de son exercice, Airbus devrait vraisemblablement annoncer de nouveaux contrats. Selon Hadi Akoum, des tractations sont actuellement en cours avec d’autres compagnies, notamment Nigerian Eagles. Un contrat pourrait porter sur la livraison d’appareils moyen-courriers. Pour l’heure, seul le dernier cri du constructeur, l’A380, n’a pas encore trouvé d’acquéreur sur le continent. Mais des compagnies comme Kenya Airways et Ethiopian Airlines ­pourraient être acheteuses d’ici ­quelques années.

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