Archives
Climat : à la recherche du temps perdu

Cet article est issu du dossier

Climat : à la recherche du temps perdu

Voir tout le sommaire
Archives

Copenhague ou la tentation du chacun pour soi

Mis à jour le 14 décembre 2009 à 17:00

Rarement conférence aura réuni autant de chefs d’État. Reste à savoir si la capitale danoise restera dans l’Histoire comme le lieu de la révolution climatique.

L’équation que doivent résoudre d’ici au 18 décembre la centaine de chefs d’État et de gouvernement et les représentants de 192 nations attendus au sommet de Copenhague ouvert le 7 décembre est simple en apparence : les climatologues les pressent de trouver les moyens de limiter la hausse de la température moyenne de notre Terre à 2 °C d’ici au milieu du siècle en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, qui contribuent à ce réchauffement.

Au-delà de ces 2 °C supplémentaires, les impacts sur l’environnement risquent d’être catastrophiques pour la planète entière. Avec la certitude que les pays les plus pauvres, et notamment en Afrique, subiront les plus grands dommages de ce dérèglement climatique.

Il semblerait donc logique que tous les pays du monde unissent leurs efforts pour contenir un phénomène qui ne s’arrêtera à aucune frontière et n’épargnera aucun régime politique. Or c’est paradoxalement le chacun pour soi qui guette le sommet de Copenhague.

En effet, les membres du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) préconisent, par ­exemple, que les pays développés ­réduisent leurs émissions dans une fourchette de 25 % à 40 % d’ici à 2050. Or les engagements annoncés représentent à ce jour une baisse d’à peine 12 % à 16 % d’ici à 2020.

Économiser l’énergie, piéger le carbone, modifier les modes de transport ou de consommation coûte cher et ralentit – au moins dans un premier temps – le rythme de croissance économique. Tous les pays ont donc envie de prendre leur temps pour s’infliger cette discipline : ainsi les États-Unis veulent-ils faire partir leurs efforts de 2005 et non de 1990, comme l’Union européenne, et la Chine commence à peine à parler de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

En ces temps de crise, les riches – qui reconnaissent qu’ils ont été les premiers à réchauffer l’atmosphère depuis le XIXe siècle – sont tentés de réserver leurs efforts à la relance de leur économie. Quant aux pauvres, ils déclarent avoir déjà assez à faire pour élever le niveau de vie de leurs citoyens sans avoir à se soucier d’un réchauffement climatique dont ils ne s’estiment pas responsables.

Les négociations porteront à Copenhague sur une multitude de sujets que l’on peut regrouper dans trois chapitres. Le premier porte évidemment sur le montant des réductions des émissions. Les pays développés voudraient que les pays en développement prennent des engagements fermes, ce que ceux-ci refusent. En revanche, le monde en développement, regroupé au sein du G77, exige que les pays industrialisés n’imposent pas à leurs exportations de barrières commerciales au nom du climat, notamment la fameuse taxe carbone prônée par le président français.

Deuxième pomme de discorde, le financement des efforts fournis par les pays en développement pour réduire leurs émissions. Le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) estime qu’il faudrait trouver chaque année 66 milliards de dollars supplémentaires, notamment pour aider la RD Congo et le Brésil à protéger leur forêt équatoriale ou pour financer des puits de carbone en Chine. Ce que le président brésilien, Lula da Silva, résume ainsi : « Qu’on ne nous demande pas de laisser un habitant de l’Amazonie crever de faim au pied d’un arbre, dit-il. Nous voulons bien préserver la forêt, mais il faudra payer la facture. »

Troisième point de friction : faut-il prévoir des sanctions en cas de non-respect des chiffres de réduction qui seront arrêtés ? Les États-Unis, tout comme la Chine ou l’Afrique du Sud, ne veulent pas ­entendre parler de ce qu’ils considéreraient comme une atteinte à leur souveraineté. Ces sujets de querelle associés à la volonté de chaque pays d’en faire le moins et le moins vite possible n’autorisent pas un grand optimisme sur l’efficacité des mécanismes qui sortiront de Copenhague. D’un autre côté, on n’a jamais vu une telle unanimité politique pour défendre la planète. L’ensemble des « grands » seront là, y compris Barack Obama, qui a fini par modifier son agenda pour participer à la négociation finale. Tous les pays pollueurs ont fini par publier des chiffres pour préciser les efforts qu’ils entendent faire d’ici à 2050, ce qui ne s’était jamais vu à une conférence de cette importance, ni à Rio, ni à Kyoto, ni à Bali. Qui l’emportera de l’égoïsme sacré des nations ou de la nécessaire rationalité forcément mondiale ?