Économie

Tunisie : Safia Hachicha, révélée par la révolution

Cette ancienne conseillère de Jalloul Ayed, aujourd’hui directrice de Swicorp, s’apprête à lever 50 millions d’euros pour créer un fonds d’investissement dévolu au tourisme.

Mis à jour le 23 mai 2013 à 09:05

D’ici à deux ou trois mois, Swicorp, déjà gestionnaire d’un portefeuille de près de 1 milliard d’euros (principalement au Maghreb et au Moyen-Orient), devrait lancer un fonds d’investissement dévolu au secteur touristique en Tunisie. Pour Safia Hachicha, nommée directrice de la société début 2012, ce projet a valeur de test. C’est elle qui aura la charge de réaliser la levée de fonds. « Le tourisme est l’un des piliers de l’économie nationale. Investir au creux de la vague permettra de mitiger les risques inhérents au secteur par des valorisations attractives », explique-t-elle.

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Cliquez sur l'image.Défricheur

Son objectif : collecter 50 millions d’euros. La nouvelle Caisse des dépôts et consignations tunisienne a d’ores et déjà annoncé sa contribution. Pour compléter son tour de table, Safia Hachicha sollicitera des bailleurs de fonds comme la Banque mondiale ou la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). « Les opérateurs privés ne sont pas nombreux à placer leur argent en Afrique du Nord, les institutions de développement jouent encore le rôle de défricheur », constate-t-elle.

Des interlocuteurs qu’elle connaît bien, malgré son jeune âge (36 ans), grâce à sa collaboration en 2011 avec Jalloul Ayed, alors ministre des Finances. « Après le départ de Ben Ali, je me suis portée volontaire auprès du gouvernement provisoire, et en une semaine j’ai été recrutée, avec la bénédiction de Swicorp pour qui je travaillais depuis 2005 », explique Safia Hachicha. Durant ces quelques mois, elle a représenté la Tunisie aux assemblées de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), puis a participé au G8 de Deauville. Elle a aussi assoupli les textes encadrant le capital-investissement. « Une réforme très importante et bien menée », estime Aziz Mebarek, associé de la société Tuninvest. Pour la première fois, administration et secteur privé ont été amenés à travailler ensemble. Mais « beaucoup reste à faire pour créer des ponts entre ces deux mondes », regrette la directrice de Swicorp.

En pleine effervescence révolutionnaire, Safia Hachicha a également contribué à la création du parti libéral Afek Tounes, disparu depuis. « Lorsque la politique politicienne a pris le dessus, j’ai arrêté », précise-t-elle. Pour cette pragmatique, plus que les idéologies, c’est le retour de la croissance qui permettra de répondre aux problèmes du pays.