Politique

Italie : pourquoi tant de haine ?

Après l’agression de Silvio Berlusconi par un déséquilibré, le 13 décembre, le climat politique se détériore dangereusement.

Mis à jour le 22 décembre 2009 à 12:51

Statuettes à l’effigie de Silvio Berlusconi, le visage ensanglanté, commercialisées à Naples © AFP

Il n’est pas illégitime de désapprouver en bloc la politique de Silvio Berlusconi et de son parti, le Peuple de la liberté. Il n’est pas davantage interdit de détester son style de matamore populiste. Mais de là à excuser, sinon à approuver, le geste de Massimo Tartaglia, un déséquilibré qui, le 13 décembre, a frappé au visage le président du Conseil italien avec une reproduction en résine de la cathédrale de Milan, lui brisant deux dents et le nez, il y a un gouffre que l’opposition a gaillardement franchi – ce qui donne une idée de l’extrême brutalité des affrontements par­tisans dans ce pays.

L’ancien magistrat anticorruption Antonio Di Pietro, aujourd’hui leader du parti Italie des valeurs, accuse par exemple « Sua Emittenza », comme il est surnommé ici, de « semer la haine contre les institutions » et d’« inciter à la violence par son comportement désinvolte », bref, de récolter ce qu’il a semé, tandis que Francesco Barbato, son adjoint, fustige au Parlement le « peuple de la mafia ». L’allusion vise naturellement les liens, jamais formellement établis, que Berlusconi et son proche entourage sont soupçonnés d’avoir noués dans le passé avec le crime organisé (l’hypothèse a été récemment relancée par les révélations tardives d’un repenti). Seule Rosy Bindi, la présidente du Parti démocrate, a plus ou moins clairement condamné l’agression, mais elle a aussitôt été désavouée par ses pairs.

Du coup, Giorgio Napolitano, le président de la République, paraît presque pathétique lorsqu’il appelle, en pure perte, à « mettre fin au dangereux climat d’exaspération de la polémique politique ». Car, pour ses adversaires, le président du Conseil est définitivement un « bouffon ». En octobre, la police a fermé un site Internet sobrement baptisé « Tuons Berlusconi ». Pendant ce temps-là, dans sa chambre à l’hôpital San Raffaele, à Milan, « Son Éminence » joue les victimes – son rôle de prédilection – et, dans une envolée quasi christique, jure que « l’amour l’emportera toujours sur l’envie et la haine ». La situation étant trop grave, on se gardera de sourire.