Politique

Etats-Unis/Maghreb : Obama victime de son succès

Mis à jour le 12 janvier 2010 à 12:59

Barack Obama, pour les Maghrébins, c’est un peu l’histoire, comme ailleurs dans le monde, d’une grande désillusion. S’il faut relativiser l’impact de son élection en Afrique du Nord, moindre qu’au sud du Sahara, son arrivée à la Maison Blanche n’en a pas moins suscité d’importantes attentes. Au premier rang desquelles la résolution du conflit israélo-palestinien. Fini le « Grand Moyen-Orient », les prisons secrètes, la torture, Guantánamo, l’arrogance, l’impunité accordée à Israël. Après le discours du 4 juin au Caire, prononcé avec conviction, la main tendue au monde musulman, unanimement saluée, n’a pas eu les effets escomptés. Rien d’étonnant à cela ; il y avait très longtemps qu’un chef d’État, quel qu’il soit, n’avait fait preuve d’une telle « élévation ».

Le discours s’adressait aux musulmans, certes, mais aussi aux hommes et aux femmes du monde entier, traitant de questions qui nous concernent tous (démocratie, droit des femmes, devoirs réciproques, respect mutuel, gouvernance…). Mieux : Obama y reconnaissait les torts de son pays et, surtout, laissait entendre que, s’il devait défendre les intérêts américains, il devait également tenir le plus grand compte du point de vue et de la sensibilité des autres parties. Ceux d’en face, aurait dit son prédécesseur… L’espoir, réel, suscité par une telle profession de foi ne pouvait, à court terme, qu’être déçu. Six mois après ce discours que les musulmans espéraient fondateur, que reste-t-il de ces bonnes intentions ? Auprès de la rue maghrébine, pas grand-chose, si ce n’est un rejet des Américains moins viscéralement exprimé.

Oui, les temps ont changé depuis le départ du très honni George W. Bush. Mais Israël est toujours l’ami de l’Amérique au détriment des « frères » palestiniens. Le verbe, l’approche, la disposition d’esprit ne sont plus les mêmes. C’est beaucoup pour ceux qui n’ont pas la mémoire courte. Mais trop peu pour tous les autres, l’écrasante majorité, qui attendent des actes. Au Maghreb comme ailleurs, Barack Obama est victime de son succès. On attend tellement de lui qu’il ne peut que décevoir…