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Cet article est issu du dossier «Cameroun, les défis de la croissance»

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Si l’économie était un sport…

A la mi-novembre, qualification pour le mondial et adoption d'une nouvelle stratégie de croissance.

A la mi-novembre, qualification pour le mondial et adoption d'une nouvelle stratégie de croissance. © Diego Ravier pour J.A

Ces deux dernières années n’ont pas été sans heurts. Pourtant, la crise internationale ne confine pas le pays au pessimisme. Inflation maîtrisée, grands chantiers dans l’énergie et les transports, projet de modernisation de l’agriculture… Reste à transformer l’essai.

Le 14 novembre, les Lions indomptables défiaient le Maroc à Fès. Tout un pays à l’arrêt espérait une qualification – la sixième depuis 1982 – pour la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud. Un après-midi foot à la camerounaise se préparait, avec brochettes de bœuf au piment arrosées de bière. Mais à l’heure du match, offense aux dieux des stades, pas une image sur les écrans de télévision. Au fur et à mesure que le blanc perdurait à l’antenne, la colère montait. L’équipe nationale ne l’aurait pas emporté 2 buts à 0, le courroux aurait dégénéré en violence. Par bonheur, la victoire a apaisé les esprits et fait place à la fête. Ils sont comme ça. Rien ne compte plus à leurs yeux que ces triomphes éphémères qui flattent la vanité, signe pour certains qu’« impossible n’est pas camerounais »… Pourtant, ces rêves de grandeur sont souvent vite rattrapés par une réalité qui n’est pas aussi brillante que les performances des sportifs.

Au pays des paradoxes

Le pays sort péniblement de vingt années d’ajustement structurel. Depuis avril 2006, il a atteint le point d’achève­ment de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) de la Banque mondiale, qui lui a permis de réduire sa dette extérieure, passée de 3 652,1 milliards de F CFA (5,6 milliards d’euros) en 2005 à 882,4 milliards de F CFA (1,35 milliard d’euros) à la fin de 2008. Cependant, le faible taux de croissance, de 3,2 % en moyenne de 2003 à 2008, n’a pas permis de réduire la pauvreté.

Autres paradoxes caractéristiques du Cameroun ? Son élite est réputée bien formée et son produit intérieur brut (PIB) représente le tiers de celui de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), pourtant corruption, chômage et sous-emploi ont produit 7,1 millions de pauvres dans le pays. Ses banques sont en « surliquidité », mais elles rechignent à financer les PME-PMI, qui représentent 83 % du secteur productif. Ses entreprises privées sont dynamiques, mais, après huit ans d’existence de la Bourse des valeurs mobilières de Douala, seules trois entreprises y sont cotées.

La faute au « pilotage à vue » imposé par les experts du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, comme l’estime le ministre de l’Économie et de la Planification Louis-Paul Motaze ? Quoi qu’il en soit, au sommet de l’État, on veut marquer une rupture et passer à quelque chose de plus ambitieux.

Les bonnes résolutions

Certes, 2010 est une année préélectorale, et les annonces vont se multiplier avant une présidentielle à laquelle il est probable que le président sortant, Paul Biya, soit candidat. Alors, à tous les ­étages du régime, les experts ­s’agitent. À la mi-novembre, le ministre de l’Économie a solennellement présenté au public un « Document de stratégie pour la croissance et l’emploi ». Point de départ de l’offensive économique, ce pavé de 171 pages devrait servir de cadre de référence à l’action gouvernementale pour la période 2010-2020. Il marque aussi le retour à l’économie planifiée, à laquelle l’État avait renoncé dans les années 1980. Ce plan d’actions reste bien entendu soumis aux aléas de la conjoncture économique mondiale, ainsi qu’au climat des affaires, plombé par une bureaucratie lourde, qui décourage les investisseurs et que le gouvernement s’est engagé à réformer.

Pour les dix prochaines années, le gouvernement camerounais parie donc sur un taux de croissance annuel de 5,5 % en moyenne. Il est également question de réduire le sous-emploi et de pousser le secteur informel pléthorique à muter vers le formel.

Le retour de l’investissement public à travers les grands projets constitue l’un des piliers principaux de ce plan décennal : construction du port en eau profonde de Kribi ; mise en eau des barrages de Lom Pangar et Memve’ele ; construction des centrales de Nachtigal, Song Mbengue, Warak, Colomines, Ndockayo, qui devront porter les capacités de production électriques du pays à 3 000 MW ; début de l’exploitation du gisement diamantifère de Mobilong (Est) – attribué au joint-venture camerouno-coréen C & K Mining et prévu pour la fin 2010 – et du gisement de fer de Mbalam (Sud-Est) pour 2012 ; construction du yard pétrolier de Limbé, etc.

Une autre priorité est la modernisation de l’appareil de production pour le rendre plus compétitif. Jean Nkuete, vice-Premier ministre chargé de l’Agriculture, a annoncé avoir achevé en juillet dernier les études portant sur la création d’une banque agricole. Il y a péril en la demeure, car, d’année en année, le Cameroun importe davantage de denrées alimentaires pour nourrir sa population : notamment 120 000 tonnes de maïs par an… Et pour faire face à la pénurie de sucre qui s’est déclarée en octobre dernier, il a fallu en commander d’urgence 10 000 tonnes à un producteur congolais. Une dépendance croissante vis-à-vis de l’extérieur qui a pour corollaire une forte augmentation de la facture alimentaire. Dont on sait qu’elle est à l’origine des émeutes de février 2008. 

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