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Cet article est issu du dossier «Cameroun, les défis de la croissance»

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Tactique douce pour dompter l’informel

| Par Jeune Afrique
Fabricant de chaussures dans le quartier de la Briqueterie à Yaoundé

Fabricant de chaussures dans le quartier de la Briqueterie à Yaoundé © Diego Ravier pour J.A

Mieux vaut des activités non déclarées dynamiques qu’un déficit d’activités. Mais quand elles deviennent majoritaires, il faut songer à les intégrer dans les circuits classiques.

Cameroun, terre d’élection de l’informel ? En tout cas, dans les rues de ses grandes villes, l’économie « sauvage » prospère et prolifère. À Douala, les motos-taxis pétaradantes transportent plusieurs centaines de milliers d’usagers par jour, arpentant les avenues les plus prestigieuses comme les quartiers les plus reculés, inaccessibles aux bus. Au cœur des embouteillages de Yaoundé, les marchands ambulants se faufilent entre les voitures pour proposer des babioles, souvent importées de Chine. Les gérants de « cabines cellulaires », qui vendent des recharges pour mobiles et des téléphones bon marché sont omniprésents.

Un paysage urbain somme toute commun à nombre de cités africaines. Mais, au Cameroun, ce que les spécialistes ont appelé « l’informalisation » de l’économie a pris des proportions assez spectaculaires durant les « années terribles », dont le point culminant a été 1993, avec une baisse drastique des salaires des agents de l’État (jusqu’à 70 %), suivie, au début de 1994, par la dévaluation du F CFA et le « dégraissage » de la fonction publique, premier employeur du pays. L’explosion des unités de production informelles (UPI) a donc été une réaction de survie face à la paupérisation des uns et au chômage des autres. Plus d’une décennie plus tard, ces UPI se sont incrustées durablement dans la structure de l’économie du pays.

1,9 million d’établissements informels

L’Enquête sur l’emploi et le secteur informel (EESI), pilotée, en 2005, par l’Institut national de la statistique (INS), a révélé qu’il existait 1,9 million d’établissements de ce type, générant 2,8 millions d’emplois et représentant 30 % du produit intérieur brut (PIB). Là où le secteur formel produit moins de 10 % des nouveaux emplois, l’informel en crée 55 % dans l’activité agricole et 35 % dans les autres secteurs.

Dans une telle configuration, il est impossible de régler la question de l’économie « spontanée » par la répression. Et les autorités camerounaises misent sur son intégration progressive dans les circuits économiques classiques. Car, contrairement à ce que l’on peut croire, les unités de production informelles – qui ne sont inscrites ni au tribunal du commerce ni à la Caisse nationale de prévoyance sociale – paient des impôts. Mais la base de cette imposition, qui passe souvent par la patente, n’est pas toujours très logique.

Contribuables tout de même

Les petits entrepreneurs exerçant dans l’informel sont plus imposés que les salariés, tandis que des structures de plus grande taille profitent des zones « grises » de l’économie pour échapper au fisc. « Une partie des frais supportés par les entrepreneurs individuels sous forme d’impôt ne sont pas réglementaires et n’alimentent pas les finances publiques », explique ainsi l’économiste Prosper Backiny-Yetna dans la revue spécialisée Statéco.

À quelles conditions ces structures nées de la créativité populaire peuvent-elles opérer leur nécessaire mutation ? « Il faut baisser le coût global de création des SARL, qui pour l’instant est exorbitant. Et puis, à quoi sert-il de créer une entreprise dans les règles de l’art si les banques ne sont pas prêtes à la financer ? En plus, on a l’impression que l’informel, en facilitant la corruption, arrange l’administration », lance un dirigeant de PME, entre espoir et dépit.

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